Les anti-inflammatoires non stéroïdiens ne sont assurément pas tes amis en tant que coureur(se). Au contraire, au-delà de dissimuler la douleur qui est un précieux signal envoyé par ton corps, ils nuisent au processus naturel de récupération qui suppose de laisser à ton organisme la possibilité de réagir à l’inflammation causée par l’effort pour se reconstruire et se renforcer. De plus, au-delà des effets sur la performance en course à pied, les anti-inflammatoires peuvent entraîner des effets secondaires plus ou moins graves mais jamais anodins. On t’aide à y voir plus clair.
L’essentiel à retenir :
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l'ibuprofène ne sont pas recommandés avant, pendant ou juste après un effort de course à pied. Ils n'améliorent ni la performance, ni la récupération. Ils peuvent au contraire avoir des effets délétères.
50 à 88 % des coureur(se)s en consomment au moins une fois par an, souvent en automédication, et 58 % en subissent des effets gastro-intestinaux indésirables.
L'inflammation post-effort est un mécanisme de réparation, pas une anomalie à supprimer. La bloquer perturbe la cicatrisation des tissus.
Les alternatives : Le paracétamol (mieux toléré), le repos, et certains anti-inflammatoires naturels (oméga-3, curcuma) sont des options plus sûres en complément d'un avis médical.
Qu’est-ce que l’inflammation et pourquoi des sportif(ve)s ont recours aux anti-inflammatoires ?
Comprendre le rôle de l’inflammation post-effort et l’action des anti-inflammatoires est essentiel pour prendre du recul et analyser leur pertinence.
Réparation tissulaire et inflammation post-effort : de quoi parle-t-on ?
La réparation de tissus lésés à la suite d’un effort de course à pied est associée à 3 étapes :
le nettoyage,
la reconstruction,
la réorganisation.
La réponse inflammatoire constitue le nettoyage, c’est une réaction physiologique de ton corps. C’est donc une étape nécessaire avant de bien reconstruire.
Qu’est-ce qu’un anti-inflammatoire ?
Ce sont des qui médicaments vont permettre de réduire l’inflammation. Il en existe deux grandes familles :
· Les AIS : anti-inflammatoires stéroïdiens, ou corticoïdes (prednisone, cortisone, etc.)
· Les AINS : anti-inflammatoires non stéroïdiens (aspirine, ibuprofène, diclofénac, etc.)
Nous nous intéresserons ici principalement aux AINS car qu’ils sont disponibles sans ordonnance en pharmacie. On les retrouve par voie orale (à avaler) avec l’ibuprofène, par voie topique (gels ou crèmes) pour le diclofénac.
Quel est le mécanisme des AINS ?
Les AINS vont réduire la quantité d’un médiateur de l’inflammation qu’est la prostaglandine. Par extension donc, ils vont réduire l’inflammation.
Pourquoi certain(e)s coureur(se)s ont recours aux anti-inflammatoires?
Les contraintes mécaniques associées à la course peuvent (et doivent, dans une certaine mesure) induire douleurs et inflammation. Ce sont pour ces effets qu’en tant que coureur(se), tu pourrais vouloir avoir recours à des anti-inflammatoires tels que l'ibuprofène. Logique à première vue : tu réduis la douleur et évite à ton corps de se retrouver mis en difficulté à cause d’un processus inflammatoire. Mais ce n’est pas si simple.
Dois-tu utiliser des anti-inflammatoires, et si oui à quel moment ?
On te guide pour une utilisation optimale des anti-inflammatoire (si elle existe…).
Pour quels types de blessures ne jamais les utiliser ?
Il existe des situations dans lesquelles les AINS ne sont pas recommandés. Parmi elles, on retrouve les lésions osseuses. Les prostaglandines dont on a parlé plus tôt assistent les cellules qui reconstruisent l’os. Faire usage d’un anti-inflammatoire conduira donc à retarder la réparation osseuse, et même à réduire sa qualité.
De manière logique, la prise doit se limiter à des situations inflammatoires, notamment des tendons (tendinites). Toujours privilégier pour cela les durées de traitement les plus courtes possibles. Même dans ce cas, on te recommande une application locale sous forme de gels, crèmes ou emplâtre pour que l’action reste ciblée sur la zone douloureuse.
Les AINS, une aide pour ta récupération ?
Une méta analyse intitulée Non-steroidal anti-inflammatory drugs for athletes An update (J.-L. Ziltener) a étudié l’impact de l’usage d’AINS dont l’ibuprofène à court, moyen et long terme. Il apparaît qu’à court terme, ils peuvent effectivement t'aider à récupérer plus rapidement. En revanche, à moyen terme et surtout à long terme ils induisent des effets délétères sur ta cicatrisation.
D’autres études confirment leurs mauvais effets sur la guérison à long terme. Ce qui est logique, car en enlevant la première étape de nettoyage, évoquée plus haut, la reconstruction de tes tissus ne pourra pas être parfaite.
💡 Les données scientifiques actuelles indiquent qu’il serait contre-productif de les utiliser dans l’espoir de mieux récupérer, étant donné qu’ils produisent l’effet inverse de celui recherché à moyen et long terme.
Peut-on prendre des anti-inflammatoires comme l’ibuprofène avant une course ?
L’étude de cohorte Consumption of analgesics before a marathon and the incidence of cardiovascular, gastrointestinal and renalproblems: a cohort study (Michael Küster et Al.) a comparé la prise d’un analgésique, d’un AINS et d’un placebo avant un marathon.
La prise d’AINS n’était pas associée à une réduction du taux d’abandon pendant la course. En effet, la prise a permis de réduire les crampes et les abandons associés, mais les bénéfices ont largement été compensés par les abandons liés aux effets indésirables des AINS. On parle de « légers » désagréments, mais aussi d’effets indésirables graves ayant conduits à des hospitalisations.
⚠️ Il ne faut donc pas en prendre juste une avant une course en espérant pouvoir la finir, les effets indésirables associés pourraient être plus graves que de simples crampes.

Peut-on utiliser des AINS en préventif ?
Les publications scientifiques sur leur usage à titre préventif estiment au mieux que leur usage est discutable, quand elles ne le bannissent pas totalement. Tu l’auras compris : les anti-inflammatoires ne font pas l’unanimité dans le monde médical lorsqu’ils ont vocation à être utilisés dans un cadre sportif.
La douleur : une information utile en course à pied ?
La douleur constitue une information importante pour ta progression : elle est le signe d'une fatigue de ton corps. Réduire cette douleur par la prise d’anti-inflammatoires (ou d’anti-douleurs), te prive de cette information. On masque la sensation, mais on ne traite pas la cause.
La conséquence sera que tu n’adapteras alors pas ton entrainement à cette problématique, comme ton corps le demande (en réduisant les intensités, en adaptant une bonne routine post-séance, etc.), ce qui pourrait aboutir à une blessure évitable.
Les AINS : sans danger ?
Qu’on te déconseille de prendre des anti-inflammatoires dans le cadre de tes performances sportives, c’est une chose. Mais peuvent-ils impacter ta santé globale ? La réponse ne va pas te plaire.
Y-a-t-il des effets indésirables à la prise d’ibuprofène dans le cadre sportif ?
Tu veux savoir si les anti-inflammatoires sont sans danger ? La réponse est NON (en majuscule). Ils ne sont pas sans danger et leur usage est loin d’être anodin (comme pour tout médicament d’ailleurs).
De manière courante ils sont associés à des troubles gastriques (brûlures, saignement voire perforation). C’est la raison pour laquelle il faut les prendre pendant les repas et sur des période courtes (pour les formes à avaler).
Le Vidal identifie d’autres effets indésirables comme :
réactions allergiques (notamment des réactions cutanées)
insuffisances rénales
maux de tête
vertiges
insuffisance cardiaque dans certains cas graves
(Listes non exhaustive)
Qui ne peut pas prendre des AINS ?
Les anti-inflammatoires sont un danger pour toi dans quelques cas :
Si tu présentes une atteinte du foie, rein ou du cœur
À partir du 6e mois de grossesse
En cas d’antécédents d’ulcères ou saignements de l’estomac
(Listes non exhaustive, issue de l’ANSM)
Les anti-inflammatoires présentent-ils des risques spécifiques à la course à pied ?
Les atteintes rénales associées à la prise d’AINS touchent surtout les personnes de plus de 65 ans. Mais chez le coureur(se), du fait de la déshydration, surtout sur les efforts longs, la prise d’AINS avant une sortie peut conduire à des troubles rénaux dont l’insuffisance rénale fonctionnelle.
👉 En clair : ils risquent de te faire plus de mal que de bien.
Les anti-inflammatoires sont-ils des produits dopants?
À la différence d’autres anti-inflammatoires, il n’y a pas à ce jour d’AINS dans la liste des substances interdites de l’AMA (agence mondiale antidopage).
Il existe cependant des courses qui les proscrivent, notamment pour des questions éthiques. N’hésite pas à consulter le règlement de ta course pour t’assurer qu’ils ne soient pas interdits.
Quels alternative aux médicaments anti-inflammatoires ?
Bonne nouvelle : les AINS comme l’ibuprofène ne sont pas le seul moyen de réduire les douleurs et contrôler (dans une certaine mesure) l’inflammation en course à pied.
Les anti-inflammatoires dits « naturels » : une vraie alternative ?
Il semblerait que la curcumine, un anti-inflammatoire dit « naturel » puisse avoir un impact modéré pour aider à réparer tes tendons abimés. Elle peut constituer une bonne alternative, sûrement moins efficace mais sans danger pour ton corps.
Comment éviter que l’inflammation ne se produise dans le cadre de la course à pied ?
Des chaussures usées ont une semelle plus rigide, ce qui peut réduire leur amorti. Leur remplacement pourrait être une aide (sans pour autant te protéger de blessures éventuelles).
De plus, augmenter le volume d’un coup est associé à une majoration du risque de blessures : une augmentation progressive du volume est à privilégier. On en revient toujours à la quantification du stress mécanique et à l’importance de la progressivité : l’un de nos piliers chez Campus pour concevoir nos plans d’entraînement.
Enfin, le renforcement musculaire peut également être un bon complément à ton entrainement, afin de prévenir les douleurs et l’inflammation.
Quels médicaments pour contrer ta douleur pendant ou après la course ?
Si tu as vraiment besoin d’un anti-douleur, le paracétamol serait à privilégier. Il est associé à beaucoup moins d’effets indésirables quand il est pris à la posologie usuelle (maximum 1 gramme 3 fois par jour durant un repas, 4 à 6 heures entre chaque prise pour une personne de 50 kilogrammes ou plus).
Enfin, le paracétamol est tout de même à éviter avant d’aller courir car tout comme pour les AINS tu risques de forcer sur une lésion éventuelle, voire une blessure sans t’en apercevoir. Ce faisant, tu ne fais qu’empirer les choses.

Les anti-inflammatoires restent des médicaments importants, mais ne sont pas anodins, raison pour laquelle ils doivent être pris au bon moment et pour les bonnes raisons.
En course à pied, l’inflammation est une étape dans ta récupération. Parfois, dans de rares cas, cette inflammation peut devenir trop forte et demander l’usage d’anti-inflammatoires. Mais dans la majorité des situations, ils ne seront pas tes meilleurs alliés dans ta récupération, au contraire.
🙏 N’hésite pas à consulter que ce soit kiné, médecin, pharmacien(ne) ou tout autre professionnel(le)s de santé qui sauront t’aider à récupérer au mieux et de façon durable.

David
Publié le , mis à jour le
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