L’orthorexie est un trouble du comportement alimentaire (non reconnu officiellement comme tel par la communauté scientifique à l’heure actuelle) qui pousse les personnes atteintes à développer une véritable obsession pour le fait de manger sain. Compter les calories, fuir les aliments “trop” gras, sucrés, salés à l’extrême… cela développe de véritables angoisses et peut à terme basculer vers l’anorexie.
Or, en course à pied, l'alimentation fait partie intégrante de l'entraînement. Elle influence l'énergie disponible, la récupération, l'adaptation aux séances et, dans une certaine mesure, les performances. Il est donc logique de vouloir bien manger. Mais parfois, sans même s'en rendre compte, cette recherche d'une alimentation "idéale" prend de plus en plus de place. Les aliments deviennent "bons" ou "mauvais", les repas demandent beaucoup d'anticipation, les écarts génèrent de la culpabilité et le plaisir passe progressivement au second plan.
Chez les coureurs et coureuses, ce glissement peut être particulièrement difficile à repérer. Parce que la rigueur est valorisée. Parce que l'on parle beaucoup d'optimisation. Parce que la frontière entre engagement sportif et obsession alimentaire est parfois plus fine qu'on ne l'imagine.
L'objectif de cet article n'est pas de poser un diagnostic, ni de te faire douter de chacune de tes habitudes. Il est de t'aider à reconnaître les signaux faibles, à faire de l’information et de la prévention, à comprendre où se situe la frontière entre une alimentation au service de ta pratique et une alimentation qui finit par prendre le contrôle.
L’essentiel à retenir :
L'orthorexie est une obsession de manger sain qui devient un trouble du comportement alimentaire décrit pour la première fois par le Dr Steven Bratman en 1997.
Les coureur(se)s sont 10 fois plus exposés aux TCA (troubles du comportement alimentaire) que la population générale, particulièrement en endurance (marathon, trail, ultra).
Les 4 signaux d'alerte à surveiller : passer plus de 3 heures par jour à penser à son alimentation, classer les aliments en "purs/impurs", éviter les repas sociaux, culpabiliser après un écart.
L'orthorexie n'est pas reconnue officiellement comme TCA par la communauté médicale, mais elle peut basculer vers l'anorexie et provoquer des carences sévères.
Si tu te reconnais, parle à ton médecin traitant : il/elle pourra t'orienter vers un(e) psychologue et un(e) diététicien(ne) spécialisé(e) dans les TCA.
Qu'est-ce que l'orthorexie et d'où vient ce terme ?
Dans le monde du running, la frontière entre “bien faire” et “trop contrôler” peut vite devenir floue. Tu veux progresser, récupérer plus vite, éviter les blessures… et sans t’en rendre compte, ton régime alimentaire peut devenir un terrain de règles, d’interdits et de vérifications permanentes. C’est souvent là que l’on commence à parler d’orthorexie.
Quelle est la définition de l’orthorexie ?
L’orthorexie désigne une obsession de manger “sain”. Pas juste le fait de faire attention à son alimentation, mais une rigidité mentale autour de ce qui est considéré comme un aliment “bon” ou un aliment “mauvais”.
Concrètement, ça peut ressembler à :
éliminer progressivement de plus en plus d’aliments considérés comme “mauvais”
passer beaucoup de temps à vérifier la qualité, la composition, l’origine des produits
ressentir de la culpabilité ou de l’anxiété quand tu manges “différemment de tes règles”
avoir l’impression de “perdre le contrôle” dès que tu sors de ton cadre alimentaire
Et surtout, point clé : ce n’est plus le plaisir ou la performance qui guide tes choix alimentaires, mais la peur de “mal manger” et/ou une somme de nutriments et plus une assiette. Dans le contexte de la course à pied, ça peut être encore plus insidieux : tu crois optimiser ta performance, alors qu’en réalité ton rapport à l’alimentation devient plus rigide que fonctionnel.
Qui est Steven Bratman et pourquoi a-t-il créé ce mot ?
Le terme “orthorexie” a été introduit dans les années 1990 par le Dr Steven Bratman, un médecin américain.
À l’origine, ce n’est pas une maladie qu’il décrit chez ses patient(e)s… mais une expérience personnelle. Lui-même raconte avoir glissé dans une obsession du “manger sain” au point que son alimentation était devenue extrêmement restrictive et anxiogène. Et c’est là qu’est la pente glissante de l’orthorexie.
Il observe alors un paradoxe : plus on cherche à “bien manger”, plus certaines personnes s’éloignent d’une alimentation sereine, flexible et adaptée au corps réel (faim, plaisir, vie sociale, contraintes du quotidien). Il crée donc ce mot pour mettre des mots sur un comportement qu’on ne savait pas encore nommer : la quête obsessive d'une alimentation saine qui peut devenir envahissante.
L’orthorexie est-elle une maladie reconnue ?
Aujourd’hui, l’orthorexie n’est pas officiellement reconnue comme un trouble du comportement alimentaire (TCA) dans les classifications médicales de référence. Mais ça ne veut pas dire que le phénomène est ignoré par les professionnel(le)s de santé.
Dans la pratique clinique, on la retrouve :
souvent associée à d’autres TCA (anorexie, troubles restrictifs, orthorexie mixte)
ou comme une forme de rigidité alimentaire qui peut évoluer vers un trouble plus installé
avec un impact réel sur la santé mentale, la vie sociale et parfois la performance sportive
Autrement dit : ce n’est pas une “maladie” en tant que telle, mais c’est une réalité de terrain que les professionnel(le)s de santé connaissent bien. Comme tous les troubles du comportement alimentaire, rien ne se fait du jour au lendemain, tout est très progressif. Dans les sports d’endurance, où la discipline et le contrôle sont valorisés, le terrain peut être particulièrement favorable à ce glissement.
Pourquoi les coureur(se)s sont-ils/elles particulièrement concerné(e)s ?
Chez les coureurs et coureuses, l’alimentation n’est pas juste une question de “bien manger”. Elle devient très vite un outil de performance, de récupération, parfois même de contrôle. Et c’est exactement dans ce contexte que les comportements orthorexiques peuvent s’installer progressivement sans bruit.
Quel est le lien entre course à pied et troubles alimentaires ?
La course à pied coche plusieurs cases qui peuvent favoriser une relation rigide à l’alimentation. D’abord, c’est un sport où le corps est constamment “observable” : poids, sensations digestives, énergie en séance, récupération. Tu apprends vite à associer ce que tu manges à ce que tu performes.
Ensuite, la culture running valorise fortement la discipline :
régularité des entraînements
optimisation de la récupération
recherche de performance “propre” (moins de gras, plus de légèreté, meilleure efficacité)
Le problème, ce n’est pas la rigueur en soi. C’est quand elle glisse vers une logique de contrôle permanent : chaque aliment devient évalué, classé, autorisé ou non.
Dans ce contexte, plusieurs études montrent que les populations sportives présentent une prévalence plus élevée de comportements orthorexiques que la population générale. Une méta-analyse récente estime que la prévalence de l’orthorexie dans les populations qui pratiquent l’exercice physique peut être très élevée, avec des résultats variant fortement selon les outils utilisés et les populations étudiées. Autrement dit : plus on s’entraîne, plus le terrain est propice… mais sans que ce soit systématique.
Quel(le)s coureur(se)s sont les plus à risque (route, trail, ultra) ?
Tou(te)s les coureur(se)s ne vivent pas la même relation à la nourriture. Le niveau de risque augmente surtout quand la charge d’entraînement et les contraintes “externes” montent.
On retrouve plus fréquemment des signaux de rigidité alimentaire chez :
les coureurs et coureuses de route orienté(e)s performance (chronos, plans structurés, objectifs précis)
les pratiquant(e)s de trail, où la notion de “poids de forme” et de gestion énergétique devient centrale
les ultra-coureurs et ultra-coureuses, où l’alimentation est quasi stratégique et planifiée heure par heure (mais pas uniquement à l’effort).
Plus la pratique devient longue, exigeante et “technique”, plus l’alimentation peut perdre son lien avec les sensations pour devenir un protocole. Et c’est là que le glissement peut se faire : tu ne manges plus “pour toi”, mais “pour la course”.
⚠️ Attention : ici nous faisons un article de prévention, toutefois tout le monde n’est pas concerné par l’orthorexie. On peut veiller à équilibrer son assiette par rapport à sa pratique sportive sans pour autant être orthorexique.

Les femmes sont-elles plus touchées que les hommes ?
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les études ne montrent pas de différence nette entre les hommes et les femmes concernant l’orthorexie. Les données disponibles suggèrent que les comportements orthorexiques existent chez les femmes et les hommes, avec des écarts faibles ou non significatifs selon les outils de mesure utilisés. Il en ressort tout de même que : “les femmes étaient significativement plus susceptibles de déclarer une alimentation pathologiquement saine que les hommes “. Une alimentation pathologique est un trouble du comportement alimentaire et pas nécessairement de l’orthorexie. Autrement dit : l’orthorexie n’est pas uniquement un “trouble féminin”.
En revanche, dans le milieu de la course à pied (et dans notre société de manière générale !), on observe plus facilement certaines dynamiques chez les coureuses : une exposition plus forte aux injonctions autour de la légèreté, de la “nourriture healthy” et du contrôle alimentaire, ainsi qu’une vigilance corporelle souvent plus installée. Ce ne sont pas des différences biologiques, mais des contextes sociaux et sportifs qui peuvent rendre certains comportements plus visibles ou plus fréquents.
Comment reconnaître les signaux d’orthorexie chez un coureur ou une coureuse ?
Chez les coureurs et coureuses, l’orthorexie ne commence presque jamais comme un “problème”. Elle commence comme une intention saine : mieux manger, mieux récupérer, mieux performer. Et c’est justement pour ça qu’elle est difficile à repérer.
L’enjeu ici n’est pas de te diagnostiquer, ni de te faire culpabiliser. C’est de t’aider à repérer si, parfois, ton rapport à l’alimentation est devenu plus rigide que fonctionnel. Pour rappel, cet article informe et sensibilise. Il ne remplace pas l'avis d'un médecin. Si tu te reconnais dans ces signaux, parle à un(e) professionnel(le) de santé.
Quels sont les 10 signes du test de Bratman ?
Le Dr Steven Bratman, qui a introduit le terme “orthorexie”, a proposé un petit outil informel souvent appelé le test de Bratman. Ce n’est pas un test médical validé, mais un repère pour ouvrir une réflexion.
Voici les 10 questions :
Passes-tu plus de 3 heures par jour à penser à ton alimentation ?
Prépares-tu tes repas à l’avance par peur de “mal manger” ?
La qualité de ton alimentation est-elle plus importante que le plaisir de manger ?
Ton alimentation a-t-elle réduit ton cercle social ?
Ressens-tu de la culpabilité lorsque tu déroges à tes règles alimentaires ?
As-tu supprimé de nombreux aliments “par précaution” ?
Te sens-tu en contrôle uniquement lorsque ton alimentation est parfaitement respectée ?
Éprouves-tu un sentiment de supériorité envers les personnes qui “mangent moins sainement” ?
Ta qualité de vie s’est-elle réduite à cause de tes règles alimentaires ?
Ton alimentation est-elle devenue plus importante que ton bien-être global ?
Plus tu réponds “oui” à plusieurs de ces questions, plus ton rapport à l’alimentation peut être marqué par une rigidité excessive. Encore une fois : ce n’est pas un diagnostic. C’est une indication. N’hésites pas à en parler à un(e) professionnel(le) de santé si ce sujet te préoccupe.
Comment se manifeste l’orthorexie au quotidien ?
Chez les coureurs et coureuses, l’orthorexie ne se voit pas forcément dans l’assiette du premier regard. Elle se voit dans les micro-comportements.
Ça peut ressembler à :
passer beaucoup de temps à “optimiser” chaque repas
passer beaucoup de temps à penser à l’alimentation ( plus de 3 heures par jour en moyenne), au prochain repas
éviter de manger à l’extérieur par peur de perdre le contrôle
apporter ses propres aliments partout, même dans des contextes simples
s’interdire progressivement des groupes d’aliments entiers
ressentir de l’anxiété face à un aliment “non validé”
compenser mentalement ou physiquement après un écart alimentaire
perdre la spontanéité alimentaire (tout doit être anticipé, cadré)
Dans la course à pied, ça peut aussi se traduire par :
une obsession de la “bonne alimentation de coureur(se)”
une rigidité autour du timing des repas avant/après entraînement
une difficulté à adapter son alimentation aux imprévus (sorties, voyages, vie sociale)
👉 Le point commun : ce n’est plus ton corps qui guide, mais des règles internes de plus en plus strictes, qui petit à petit viennent empiéter sur ton quotidien et ta vie sociale.
Quelle différence entre rigueur sportive et obsession ?
C’est probablement la question la plus importante de tout cet article car comme on le dit depuis le début de cet article, non vouloir bien manger en cohérence avec sa pratique sportive ne veut pas dire “souffrir d’orthorexie”.
➡️ La rigueur sportive :
te sert
s’adapte à ta vie
reste flexible
peut être ajustée sans anxiété majeure
coexiste avec le plaisir et la vie sociale
➡️ L’obsession alimentaire :
te contraint
rigidifie tes choix
génère de la peur ou de la culpabilité
prend de plus en plus de place mentale
t’éloigne de tes sensations corporelles
Un repère simple chez les coureur(se)s : la rigueur t’aide à tenir ton entraînement. L’obsession te fait penser à ton alimentation même quand tu ne t’entraînes pas. Et c’est souvent là que la bascule se fait : quand l’alimentation n’est plus un outil de performance… mais un système de contrôle permanent (parfois “sous couvert de performances”).
Quels sont les risques pour un(e) coureur(se) orthorexique ?
À première vue, vouloir manger "parfaitement" peut sembler bénéfique pour progresser en course à pied. Chez le/la coureur(se), l'orthorexie ne se limite pas à une relation compliquée avec l'alimentation. Elle peut avoir des conséquences sur les performances, la récupération, la santé osseuse, le système immunitaire et le bien-être psychologique. Plus le trouble s'installe, plus le risque est grand de voir apparaître un déficit énergétique chronique, à l'origine de nombreuses complications.
Quels impacts sur la performance et la récupération ?
Beaucoup de coureur(se)s orthorexiques pensent que supprimer certains aliments ou contrôler chaque repas leur permettra d'être plus performant(e)s. En réalité, cette stratégie finit souvent par limiter leurs progrès.
Le principal risque est un apport énergétique insuffisant. En éliminant progressivement certains aliments ou en réduisant les quantités par peur de manger "mal", le/la coureur(se) ne couvre plus les besoins liés à son entraînement.
Ce manque d'énergie peut entraîner :
une baisse des réserves de glycogène, principal carburant lors des efforts d'endurance,
une fatigue persistante malgré un entraînement identique,
une récupération plus lente entre deux séances,
une diminution de la qualité des adaptations à l'entraînement,
un déficit énergétique chronique pouvant mener à un syndrome Red-S,
une sensation de jambes lourdes ou de manque d'énergie pendant les sorties.
Les protéines peuvent également devenir insuffisantes si certains aliments sont exclus sans être remplacés de manière adaptée. Or, elles jouent un rôle essentiel dans la réparation des fibres musculaires après l'effort.
L'obsession alimentaire génère aussi un stress psychologique important. Les repas deviennent une source d'inquiétude permanente, ce qui peut augmenter la charge mentale, perturber le sommeil et favoriser une élévation chronique des hormones du stress, peu favorable à la récupération. Cela engendre un risque accru de blessure.
Quels sont les risques de carences et de blessures ?
L'orthorexie ne conduit pas forcément à une alimentation quantitativement insuffisante. En revanche, elle entraîne souvent une alimentation de moins en moins variée. À mesure que les règles alimentaires se multiplient, certains groupes d'aliments sont exclus : produits céréaliers, produits laitiers, matières grasses, viande, aliments industriels, voire gluten ou lactose sans indication médicale.
Cette restriction augmente le risque de déficits en plusieurs nutriments indispensables au/ à la coureur(se) et donc, de carences nutritionnelles :
le fer, impliqué dans le transport de l'oxygène,
le calcium et la vitamine D, essentiels à la santé osseuse,
les vitamines du groupe B, importantes pour le métabolisme énergétique,
les acides gras essentiels, impliqués dans la récupération et le fonctionnement cellulaire.
Ces déficits peuvent favoriser :
une fatigue inhabituelle,
des performances qui stagnent (voire une diminution) malgré l'entraînement,
des infections plus fréquentes,
une cicatrisation plus lente et donc des muscles plus fatigués,
une augmentation du risque de fractures de fatigue.
Lorsque le déficit énergétique devient chronique, la production de certaines hormones diminue également et une fonte musculaire peut s’opérer. Chez les femmes, cela peut se traduire par des cycles menstruels irréguliers ou une disparition des règles, ce qui rappelons-le n’est jamais un signe de bonne santé. Chez les hommes, une baisse de la testostérone peut également être observée.
Ces perturbations hormonales participent au développement du syndrome de RED-S, désormais reconnu comme une conséquence majeure d'une alimentation insuffisante chez les sportif(ve)s, hommes comme femmes.
L'orthorexie peut-elle mener à l'anorexie ?
Oui, c'est possible, mais ce n'est pas une évolution systématique. L'orthorexie et l'anorexie mentale sont deux troubles différents.
Dans l'orthorexie, la préoccupation porte avant tout sur la qualité des aliments. Dans l'anorexie mentale, l'objectif principal est généralement la perte de poids ou la peur intense de grossir, avec une restriction volontaire des apports énergétiques.Cependant, les frontières peuvent parfois devenir floues.
Chez certain(e)s coureur(se)s, les règles alimentaires deviennent progressivement de plus en plus strictes. Les aliments autorisés diminuent, les portions se réduisent et la peur de faire un "écart" prend de plus en plus de place. La perte de poids, initialement non recherchée, peut alors être valorisée parce qu'elle est associée à une impression de légèreté ou de meilleure performance.
L'orthorexie partage des caractéristiques psychologiques avec d'autres troubles du comportement alimentaire, notamment le perfectionnisme, le besoin de contrôle et la rigidité cognitive. L'élément le plus important reste donc d'intervenir précocement. Plus les comportements alimentaires troublés sont repérés tôt, plus il est facile de retrouver une relation sereine avec l'alimentation avant que des conséquences importantes n'apparaissent.
Quelle différence entre orthorexie, bigorexie et anorexie ?
Chez les coureur(se)s, ces trois troubles sont souvent confondus, car ils peuvent coexister et s’alimenter mutuellement. Pourtant, ils ne reposent pas sur la même problématique centrale.
| Trouble | Objet de l'obsession | Pensée dominante | Comportement typique | Risque principal |
|---|---|---|---|---|
Orthorexie | Qualité de la nourriture | “Est-ce assez sain / brut / healthy ?” | Élimination d’aliments, contrôle extrême des ingrédients, rigidité alimentaire | Restriction progressive + carences |
Bigorexie | Quantité de sport | “Je dois m’entraîner plus” | Augmentation compulsive du volume d’entraînement, incapacité à se reposer / prendre des jours OFF | Surentraînement, blessures, épuisement, déficit énergétique |
Anorexie mentale | Quantité de nourriture | “Je dois manger moins / ne pas prendre de poids” | Restriction calorique, évitement alimentaire, contrôle du poids | Dénutrition, troubles hormonaux, danger vital |
Qu’est-ce que la bigorexie ?
La bigorexie est une addiction comportementale à l’exercice physique. Elle se caractérise par un besoin irrépressible de s’entraîner, même en cas de fatigue, de blessure ou de contre-indication médicale. Chez le/la coureur(se), elle peut être difficile à identifier, car elle se cache souvent derrière des comportements valorisés socialement : discipline, rigueur, motivation.
Mais dans la bigorexie, le sport n’est plus un outil de santé ou de performance : il devient une obligation psychologique.
On observe souvent :
une augmentation progressive du volume d’entraînement,
une culpabilité importante en cas de repos,
une incapacité à réduire la charge malgré la fatigue,
progressivement des impacts sur la vie sociale avec notamment un certain isolement social,
une persistance de l’entraînement malgré les blessures.
Comment ces trois troubles peuvent-ils se cumuler ?
Chez certain(e)s coureur(se)s, ces troubles ne s’opposent pas : ils s’additionnent.
Un profil typique peut évoluer ainsi :
Orthorexie → contrôle strict de l’alimentation “saine”
Bigorexie → augmentation excessive de l’entraînement pour “compenser” ou optimiser
Anorexie (ou restriction énergétique progressive) → baisse involontaire ou volontaire des apports énergétiques pour correspondre à une certaine image corporelle
Ce cumul crée un déséquilibre majeur entre :
les dépenses énergétiques (très élevées)
et les apports alimentaires (trop faibles et/ou trop contrôlés)
C’est dans ce contexte que l’on retrouve fréquemment le déficit énergétique relatif dans le sport (RED-S), avec des impacts importants sur la santé et la performance.
Pourquoi est-ce important de les distinguer ?
Distinguer ces trois troubles est essentiel pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’ils ne se prennent pas en charge de la même manière :
l’orthorexie nécessite un travail sur la rigidité alimentaire et la peur du “mauvais aliment”,
la bigorexie implique un travail sur la relation au sport et au repos,
l’anorexie demande une prise en charge médicale et nutritionnelle centrée sur la restauration des apports énergétiques.
Ensuite, parce que les signaux peuvent être trompeurs chez les sportif(ve)s. Un(e) coureur(se) très discipliné(e) peut présenter des comportements socialement valorisés tout en étant en situation de déséquilibre sévère.
Enfin, parce que plus ces troubles sont identifiés tôt, plus il est possible d’éviter l’évolution vers des formes sévères et le développement de complications comme les blessures à répétition, la fatigue chronique ou les troubles hormonaux.
Que faire si tu te reconnais dans ces signaux ?
Se reconnaître dans certains de ces comportements ne signifie pas “avoir un problème grave” ni “avoir échoué”. Cela signifie surtout qu’il est temps de se poser les bonnes questions et de ne pas rester seul avec ces mécanismes.
Les troubles du comportement alimentaire chez le/la coureur(se) évoluent souvent progressivement. Plus ils sont pris tôt, plus il est facile de retrouver une relation stable à l’alimentation et au sport.
Faut-il consulter un médecin ?
Oui, c’est la première étape la plus importante. Le médecin traitant joue un rôle central car il peut :
évaluer l’état de santé global (fatigue, perte de poids, troubles hormonaux, blessures à répétition) ;
vérifier s’il existe des complications médicales liées à une restriction ou un surentraînement ;
orienter vers des professionnel(le)s spécialisé(e)s si nécessaire : un(e) psychologue ou psychiatre spécialisé(e) TCA et un(e) diététicien-nutritionniste formé(e) aux troubles du comportement alimentaire.
Même si la situation ne te paraît “pas assez grave”, la consultation permet de poser un cadre, poser tes questions et d’éviter une aggravation silencieuse.
💡 À savoir que la FFAB (Fédération Française Anorexie Boulimie) tient aussi une ligne d'écoute gratuite.

Quel(le)s professionnel(le)s peuvent t’aider ?
La prise en charge est souvent pluridisciplinaire. Il n’y a pas un(e) seul(e) interlocuteur(ice), mais plusieurs acteur(ice)s complémentaires :
Médecin traitant : point d’entrée, coordination et suivi médical
Psychologue ou psychiatre : travail sur les pensées obsessionnelles, le contrôle, l’anxiété, la relation au corps et à la performance
Diététicien(ne) spécialisé(e) en TCA et sport : accompagnement de la relation à l’alimentation, réintroduction de la flexibilité, travail sur la peur des aliments et la culpabilité
Dans certains cas, d’autres professionnel(le)s peuvent intervenir (kinésithérapeute, médecin du sport, endocrinologue), notamment lorsqu’il existe des blessures, un RED-S ou des troubles hormonaux associés.
L’objectif n’est pas de “manger mieux” ou de “faire plus attention”, mais de retrouver un équilibre global entre énergie, santé et performance et une relation plus saine avec l’alimentation (et le reflet du miroir et/ou ton rapport avec tes performances).
Comment l’entourage peut-il soutenir ?
L’entourage a souvent un rôle clé, même s’il ne sait pas toujours comment réagir.
Les attitudes les plus aidantes sont :
écouter sans juger ni minimiser,
éviter les remarques sur le poids (on évite le “tu as maigri, ça te va super bien !”), l’apparence ou la performance,
ne pas banaliser des comportements inquiétants (“tu es juste très discipliné(e)”),
encourager la consultation sans imposer.
Il est aussi important de comprendre que ces troubles ne relèvent pas d’un manque de volonté. La personne ne “choisit” pas simplement d’être rigide ou de trop s’entraîner. Elle est souvent prise dans un système de pensées anxieuses et de règles internes très fortes.
Dire “ce n’est pas un échec de volonté” peut déjà être un premier pas pour enlever la culpabilité qui bloque souvent la demande d’aide.
Comment prévenir l'orthorexie quand on court ?
Prévenir l'orthorexie ne signifie pas arrêter de faire attention à son alimentation. Bien au contraire. Une alimentation adaptée est un véritable levier de santé, de récupération et de performance.
L'objectif est ailleurs : apprendre à construire une alimentation suffisamment structurée pour accompagner tes entraînements, tout en restant suffisamment souple pour s'adapter aux imprévus, aux envies et à la vraie vie.
Comment garder un rapport sain à l'alimentation en tant que coureur(se) ?
Chez un coureur ou une coureuse, il est normal de s'intéresser à son alimentation. Adapter ses apports avant une compétition, penser à sa récupération ou veiller à couvrir ses besoins énergétiques fait partie de l'entraînement, et c’est même bénéfique de le faire.
La question n'est donc pas : « Est-ce que je fais attention à ce que je mange ? » mais plutôt : « Quelle place cette attention prend-elle dans ma vie ? »
Quelques repères peuvent t'aider à conserver une relation équilibrée avec ton alimentation :
accepter qu'aucun aliment ne fasse ou ne défasse une performance à lui seul,
conserver des repas choisis uniquement pour le plaisir, sans chercher à les « rentabiliser » sur le plan nutritionnel,
rester capable de modifier un repas ou une collation lorsqu'un imprévu se présente,
écouter tes sensations de faim, de satiété et de fatigue,
considérer que la performance se construit sur des habitudes répétées, et non sur la perfection de chaque repas.
La flexibilité est souvent un meilleur indicateur d'une alimentation équilibrée que le respect irréprochable d'un plan alimentaire.
Quels sont les pièges des réseaux sociaux et de la culture running ?
Aujourd'hui, une grande partie des conseils nutritionnels destinés aux coureur(se)s circule sur les réseaux sociaux. Le problème n'est pas de s'informer. Le problème est que les messages les plus visibles sont souvent les plus extrêmes et malheureusement, ils ne viennent pas toujours de personnes correctement formées à la nutrition.
Tu peux rapidement être exposé(e) à des contenus qui valorisent :
des listes d'aliments « interdits »,
des habitudes alimentaires très restrictives,
des transformations physiques spectaculaires,
des messages laissant entendre que plus un(e) marathonien(ne) est mince, plus il/elle sera performant(e).
Cette dernière idée mérite d'être nuancée.
À haut niveau, certaines disciplines d'endurance regroupent effectivement des athlètes très léger(e)s. Mais cela ne signifie pas que perdre du poids améliore automatiquement les performances. Chez la majorité des coureur(se)s amateur(ice)s, une restriction énergétique excessive augmente surtout le risque de fatigue chronique, de blessures, de baisse des performances et de perte du plaisir de courir.
La culture running (associée aux réseaux sociaux !) valorise parfois, sans le vouloir, des comportements qui peuvent devenir à risque : toujours s'entraîner davantage, toujours manger « plus propre », toujours chercher à s'affiner. Or une progression durable repose autant sur les entraînements que sur la récupération, une alimentation suffisante et une relation sereine avec la nourriture.
Lorsque tu consultes des contenus sur les réseaux sociaux, demande-toi toujours :
Ce conseil est-il fondé sur des preuves ou sur un témoignage individuel ?
Est-il adapté à mon contexte ?
Me donne-t-il plus de liberté… ou davantage de règles ?
Si tu as l'impression qu'un contenu nourrit davantage ton anxiété que tes connaissances, il est probablement préférable de prendre du recul.
Quel rôle pour le/la coach ?
Un(e) bon(ne) coach ne se limite pas à construire un plan d'entraînement. Il/elle s'intéresse à l'ensemble des facteurs qui permettent de progresser durablement : la récupération, le sommeil, la disponibilité énergétique, le plaisir de courir, etc. Parce qu'il/elle suit les coureur(se)s semaine après semaine, il/elle est souvent bien placé(e) pour repérer des signaux faibles, par exemple :
une perte de poids rapide recherchée pour améliorer les performances,
une fatigue qui s'installe malgré un entraînement adapté,
une peur croissante de certains aliments,
un discours très culpabilisant autour des repas,
ou encore une difficulté à lever le pied, aussi bien à l'entraînement qu'à table.
Son rôle n'est pas de poser un diagnostic ni de remplacer un(e) diététicien(ne) ou un(e) psychologue. En revanche, il/elle peut ouvrir le dialogue, rappeler que la récupération fait partie intégrante de l'entraînement et encourager un accompagnement adapté lorsque cela est nécessaire.
C'est aussi la philosophie que nous défendons chez Campus : la performance ne se résume ni au poids, ni à l'assiette, ni au nombre de kilomètres parcourus. Un entraînement efficace est un entraînement qui respecte le corps, laisse de la place au plaisir et s'inscrit dans la durée.
Au fond, le meilleur indicateur n'est pas de savoir si ton alimentation est parfaite. C'est de te demander si elle te permet de courir avec énergie, de partager un repas sans stress et de continuer à aimer ce sport année après année.
Prendre soin de ton alimentation n'est pas un problème. C'est même un véritable atout pour courir, récupérer et rester en bonne santé. L'orthorexie s'installe lorsque la recherche d'une alimentation parfaite prend progressivement le pas sur les sensations, le plaisir, la vie sociale et parfois même sur la performance qu'elle était censée améliorer.
Si, au fil de cet article, tu t'es reconnu(e) dans plusieurs situations, ne tire pas de conclusion hâtive. L'orthorexie ne se résume pas à une liste de cases à cocher, et seul(e) un(e) professionnel(le) de santé peut évaluer la situation dans sa globalité. En revanche, ces questionnements méritent d'être entendus. En parler avec un(e) diététicien(ne) spécialisé(e) dans le sport, un(e) psychologue ou ton médecin peut permettre de retrouver une relation plus sereine avec l'alimentation, sans renoncer à tes objectifs sportifs.
La meilleure alimentation pour un(e) coureur(se) n'est pas celle qui est parfaite. C'est celle qui te permet de courir longtemps, en bonne santé… sans que la nourriture devienne une source d'angoisse.

Mélanie
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