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La backyard, aussi appelée “backyard ultra” est une course d'endurance sans distance ni ligne d'arrivée : les coureurs doivent boucler un circuit de 6,706 km en moins d'une heure, puis repartir au départ suivant, donné toutes les heures pile. Celui qui n'est pas dans le sas au coup de sifflet est éliminé. Le dernier coureur à terminer une boucle seul gagne ; tous les autres sont DNF (Did Not Finish), autrement dit, ils sont considérés comme n’ayant pas terminé la course.
Une course où l'on ne sait pas quand on s'arrête, où l'on peut marcher, et où le vainqueur est souvent celui qui accepte de souffrir une heure de plus que l'autre : la backyard a tout pour intriguer. On t'explique comment elle fonctionne, d'où elle vient, ce que valent les records et surtout, ce que tu dois savoir pour “boucler” ta première backyard.
L’essentiel à retenir :
Le principe : une boucle de 6,706 km à parcourir en moins d'une heure, avec un départ toutes les heures pile. Le dernier coureur capable de boucler un tour seul gagne ; tous les autres sont classés DNF (« did not finish »).
Pourquoi 6,706 km : 24 boucles = 100 miles (environ 161 km) en 24 heures. Le format a été inventé en 2011 par Gary « Lazarus Lake » Cantrell, le créateur de la Barkley.
Les records : 124 boucles chez les hommes (Merijn Geerts et Yvo Steyart), 95 chez les femmes (Sarah Perry, 2025). En France : 105 boucles pour Nicolas Cointepas et, depuis octobre 2026, 68 boucles pour Sonia Poutrel.
Accessible ? Plus que tu ne le crois : il « suffit » de tenir 6,7 km/h de moyenne, et tu peux t'arrêter quand ton objectif est atteint (3 boucles ≈ 20 km, 7 boucles ≈ 47 km).
Le conseil coach : une backyard ne se gagne pas en allant vite, mais en courant lentement et en soignant chaque pause.
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D'où vient la backyard et pourquoi ce format fascine-t-il ?
Lazarus Lake et la Big's Backyard Ultra (2011)
La backyard est née en 2011 dans le jardin, littéralement (« backyard »), de Gary Cantrell, alias Lazarus Lake, à Bell Buckle, dans le Tennessee. L'homme est déjà célèbre pour avoir créé la Barkley Marathons, réputée comme l'une des courses les plus dures du monde. Sa course porte le nom de son chien, Big.
La première édition a été gagnée par Tim Englund avec 18 boucles. Depuis, les chiffres ont explosé : 59 boucles en 2017 pour le Français Guillaume Calmettes, 85 en 2021 pour Harvey Lewis, 114 en 2025 pour Phil Gore. Le format s'est répandu dans des dizaines de pays, avec un réseau de courses qualificatives.
Un format où le mental décide
Sur un ultra classique, tu connais ta ligne d'arrivée. Ici, tu ne sais jamais combien de temps tu vas courir : ce sont les autres qui décident de la fin. Chaque heure te pose la même question : « Tu repars ? » Et comme la boucle ne change pas, la course devient un dialogue avec toi-même plus qu'une bataille contre le terrain. C'est aussi ce qui la rend si accessible psychologiquement pour une première : tu peux t'arrêter à n'importe quel tour, avec le sentiment d'avoir accompli quelque chose. Pour apprivoiser ce dialogue intérieur, jette un œil à nos conseils pour te préparer mentalement à l'ultra.
Les championnats du monde individuels et par équipes
Il y a deux championnats du monde, en alternance :
les années impaires, le championnat individuel se court à la Big's, dans le Tennessee, sur invitation (les coureurs se qualifient en gagnant certaines courses du circuit) ;
les années paires, le championnat par équipes : chaque nation aligne 15 coureurs qui courent chez eux, sur leur propre boucle, avec un départ simultané dans le monde entier. Le score d'un pays, c'est la somme de toutes les boucles de ses 15 coureurs. Chaque boucle compte, même celles du coureur qui s'arrête en premier.

Comment fonctionne une backyard ultra ?
Quelles sont les principales règles de la backyard ?
Le règlement tient en quelques lignes, et c'est justement ce qui rend le format si redoutable. Toutes les heures, un départ est donné. Tu as 60 minutes pour parcourir la boucle et revenir dans le sas de départ, qu'on appelle le corral. Si tu reviens en 50 minutes, il te reste 10 minutes pour boire, manger, t'asseoir ou te changer. Puis tout recommence. En général, l'organisation prévient les coureurs 3, 2 et 1 minute avant chaque départ.
Il n'y a ni chrono, ni classement à l'arrivée de chaque tour, ni catégorie hommes / femmes : tout le monde court la même course. D'ailleurs, l'Américaine Maggie Guterl (2019) et sa compatriote Courtney Dauwalter (2020) ont toutes les deux remporté la Big's Backyard Ultra au classement général.
Que se passe-t-il si personne ne termine la dernière boucle ?
Pour gagner, il faut boucler un tour seul, après que tous les autres ont abandonné. L'avant-dernier coureur en lice porte un nom : l'assist. C'est lui qui « pousse » le vainqueur jusqu'au bout, et c'est pour ça qu'on le crédite officiellement. Si les deux derniers coureurs abandonnent au même tour, ou si le dernier survivant ne parvient pas à finir sa boucle solitaire, il n'y a aucun vainqueur : tout le monde est DNF. C'est arrivé à la Big's en 2014, après 49 boucles.
Pourquoi la boucle d’une backyard fait-elle 6,706 kilomètres ?
C'est une simple division : 100 miles (160,9 km) divisés par 24 heures donnent 4,167 miles, soit 6,706 km. Un coureur qui tient 24 boucles a donc couvert 100 miles en une journée, une distance mythique dans le monde de l'ultra. Sur certaines épreuves, la boucle se court sur sentier le jour et sur route la nuit, pour limiter les chutes dans le noir : c'est le cas à la Big's, dans le Tennessee.
Quelles sont les règles sur l'assistance et la pause ?
Pendant la boucle, tu es seul : pas de ravitaillement, pas d'accompagnateur, pas de bâtons, et tu ne peux pas quitter le parcours (sauf pour aller aux toilettes). En revanche, entre deux boucles, ton équipe d'assistance peut s'occuper de toi dans la zone prévue, sans entrer dans le corral. Cette règle est prise très au sérieux : en 2026, Lazarus Lake a refusé d'homologuer les performances réalisées en Russie lors de la Biotropika (123 boucles chez les hommes, 96 chez les femmes), parce que des vidéos montraient des non-concurrents sur la boucle aux côtés des coureurs.
Quels sont les records en backyard ultra ?
Les records du monde et de France
| Record | Athlète | Boucle | Distance | Course | Date |
|---|---|---|---|---|---|
Monde hommes | Merijn Geerts et Yvo Steyart (Belgique) | 124 | 830,8 km | Championnats du monde (Anvers) | Octobre 2026 |
Monde, femmes | Sarah Perry (Royaume-Uni) | 95 | 637 km | Big's Backyard Ultra (Tennessee) | Octobre 2025 |
Monde, par équipes | Belgique | 1 147 (cumul) | Championnats du monde par équipes | Octobre 2024 | |
France hommes | Nicolas Cointepas | 105 | 704 km | Big's Backyard Ultra (Tennessee) | Octobre 2025 |
Records vérifiés le 28 octobre 2026. Les 123 boucles de Dmitry Klimov et les 96 de Vera Chekalina (Biotropika, Russie, 2026) n'ont pas été homologuées.
Combien de temps dure une backyard en moyenne ?
Autant d'heures que de boucles : une backyard de 30 boucles dure 30 heures. Il n'existe donc pas de durée « normale », tout dépend du niveau des participants. Les courses de très haut niveau dépassent désormais les 100 heures, soit plus de quatre jours sans vraie nuit de sommeil. Sur une épreuve locale, la course s'arrête souvent bien plus tôt, et la plupart des coureurs s'arrêtent au bout de quelques boucles ou quelques dizaines de boucles.
Où courir une backyard en France ?
Quelques backyards de référence (Chartreuse, Infinity Trail, Monteux, etc.)
Le calendrier français s'étoffe d'année en année : le site Backyard Ultra France, qui gère la sélection de l'équipe nationale, recense près d'une vingtaine d'épreuves au calendrier. Parmi les plus connues :
la Chartreuse Backyard Ultra, en Isère, l'une des pionnières en France ;
le circuit Infinity Trail, avec plusieurs étapes par an dans différentes régions ;
l'Ultra Tour du Lac de Monteux, dans le Vaucluse, sur une boucle très plate ;
la Backyard Cap Découverte, dans le Tarn, qui propose aussi un format « découverte » de 6 heures.
⚠️ Les dates changent chaque année : vérifie toujours le calendrier officiel avant de t'organiser.
Comment choisir sa première backyard ?
Trois critères font toute la différence quand on débute :
le profil de la boucle : une boucle plate te laisse plus de marge sur le temps de pause qu'une boucle avec 200 mètres de dénivelé ;
le terrain : un chemin roulant pardonne plus la fatigue qu'un sentier technique, surtout la nuit ;
le format : une backyard limitée dans le temps (6 heures, 12 heures ou 25 heures) te donne un cadre rassurant pour une première expérience.
Peut-on faire une backyard sans être ultra-traileur ?
Oui, et c'est sans doute la meilleure nouvelle de cet article. Pour rester en course, il faut tenir 6,706 kilomètres en moins de 60 minutes, soit une moyenne de 6,7 km/h. C'est l'allure d'une marche rapide mêlée de course lente. Si tu cours déjà une heure en endurance fondamentale (l'allure à laquelle tu peux discuter sans être essoufflé), tu as le niveau pour les premières boucles.
Quelles allures faut-il tenir pour courir une backyard ?
| Temps de boucle | Allure moyenne | Vitesse | Pause avant le prochain départ |
|---|---|---|---|
45 minutes | 6'43"/km | 8,9 km/h | 15 minutes |
50 minutes | 7'27"/km | 8,0 km/h | 10 minutes |
55 minutes | 8'12"/km | 7,3 km/h | 5 minutes |
60 minutes | 8'57"/km | 6,7 km/h | 0 minute |
Combien de boucles viser pour une première ?
Fixe-toi un objectif en distance ou en temps, puis convertis-le en boucles :
| Boucles | Distance | Durée | Repère |
|---|---|---|---|
3 | 20,1 km | 3 heures | Presque un semi-marathon |
7 | 46,9 km | 7 heures | Plus qu'un marathon |
10 | 67,1 km | 10 heures | Ton premier « vrai » ultra |
15 | 100,6 km | 15 heures | Le cap des 100 km |
24 | 160,9 km | 24 heures | Les 100 miles |
L'avantage de la backyard, c'est que tu peux t'arrêter dès que ton objectif est atteint, ou continuer si tu te sens bien. Il n'y a aucune honte à s'arrêter : sur une backyard, tout le monde sauf une personne finit DNF.
Les erreurs classiques des débutants
Partir trop vite : boucler les premiers tours en 40 minutes donne l'impression de « prendre de l'avance ». Mais il n'y a pas d'avance en backyard : chaque boucle repart de zéro.
Gaspiller la pause : rester debout à discuter, chercher ses affaires, oublier de boire. Prépare ton espace (chaise, sac rangé, gourdes prêtes) avant le départ.
Manger trop tard : quand la faim arrive, il est souvent déjà tard pour bien digérer en courant.
Sous-estimer la nuit : la fatigue et le froid tombent en même temps. Prévois une frontale, une couche chaude et des vêtements de rechange.
Comment s'entraîner pour une backyard ultra ?
Construire l'endurance fondamentale et le volume
La backyard se court lentement, donc ton entraînement doit d'abord développer ton endurance fondamentale : beaucoup de kilomètres à allure confortable, plutôt que des séances rapides. Augmente progressivement ton volume hebdomadaire et ta sortie longue. Intègre la marche-course (alterner quelques minutes de course et de marche) : c'est exactement ce que tu feras en côte ou en fin de course.
S'entraîner à la répétition
La meilleure séance spécifique, c'est la backyard elle-même. Quelques semaines avant ta course, trouve une boucle d'environ 6,7 km près de chez toi et fais 3 à 6 boucles à l'heure pile, avec un vrai temps de pause entre chacune. Tu testeras ton allure, ta routine de pause, ce que ton estomac tolère et la difficulté de repartir à froid. Une ou deux simulations suffisent : l'objectif est d'apprendre, pas de t'épuiser.
Gérer la pause : manger, s'asseoir, repartir
Les coureurs qui tiennent longtemps sont souvent ceux qui ont automatisé leur pause. Écris ta routine avant la course, minute par minute. Assois-toi dès que possible, même deux minutes. Au-delà de 24 heures, la question du sommeil arrive : les coureurs les plus expérimentés profitent de la pause pour dormir quelques minutes.

Publié le , mis à jour le
Nolwenn est journaliste et rédactrice spécialisée dans la course à pied (route et trail) depuis plusieurs années. Entre interviews de personnalités reconnues dans le monde du running telles que Blandine Lhirondel, Marjolaine Pierré, Ludovic Pommeret ou encore Stéphane Diagana, et analyses poussées des problématiques et des évolutions de ce sport, elle en possède une vision à 360° qu'elle aiguise sur le terrain lors de grands événements (UTMB, Marathon du Mont-Blanc, Marathon de Paris, Championnats du monde d'Ironman, etc.). Bien sûr, les clés de l'entraînement n'ont aucun secret pour elle et Nolwenn se fait un plaisir de les expliquer aux pratiquants de tous niveaux dans des articles clairs et accessibles. Côté pratique, elle a passé quelques années sur la route, du 10K au marathon, avant de s'orienter vers le trail qu'elle apprivoise progressivement. "Amoureuse de la course et des mots, c’est avec passion que je prends la plume pour amener chacun, à son échelle, vers le sentiment de liberté que seul ce sport peut nous procurer. "
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