Le dico du running
Les ischios jambiers jouent un rôle central à chaque pas que tu fais en course. Ils assurent deux mouvements essentiels : la flexion du genou et l'extension de la hanche ; tout en encaissant les chocs à chaque foulée. C’est donc un muscle (ou plutôt un groupe de muscles) vital au mécanisme de propulsion en course à pied. Si tu es blessé(e) aux ischios-jambiers ou que tu cherches simplement à mieux comprendre comment prévenir toute blessure aux ischios-jambiers, tu es au bon endroit !
L’essentiel à retenir :
Les ischios-jambiers sont en réalité un groupe musculaire. Ils regroupent trois muscles à l'arrière de la cuisse : biceps fémoral, semi-tendineux, semi-membraneux. Ils assurent la propulsion et l'amortissement à chaque foulée.
C'est la blessure musculaire la plus fréquente chez les coureur(se)s : un renforcement régulier divise le risque par deux selon les études.
Vise 1 à 2 séances de renforcement spécifiques par semaine, sur 6 à 8 semaines minimum, espacées de 2-3 jours.
Le Nordic Hamstring Curl est l'exercice de référence (réduction des blessures jusqu'à -51 %), mais le pont, le soulevé de terre une jambe et le slide curl sont tout aussi efficaces sans matériel.
Privilégie le travail excentrique en résistant pendant l'allongement du muscle plutôt que les contractions classiques.
Qu'est-ce que les ischios-jambiers et où sont-ils situés ?
Le terme "ischios-jambiers" (ou "ischios jambiers") désigne un groupe de trois muscles logés à l'arrière de ta cuisse :
Le biceps fémoral, qui possède deux chefs et est le plus puissant du trio.
Le semi-tendineux, long et fin, qui longe la face interne de la cuisse.
Le semi-membraneux, plus profond, situé également en dedans.
Ces trois muscles partent tous du même point : la tubérosité ischiatique, autrement dit l'os sur lequel tu t'assoies. Ils descendent ensuite jusqu'à la jambe, au niveau du tibia et de la fibula (anciennement appelé le péroné).
Ce qui les rend particulièrement importants et vulnérables, c'est leur nature biarticulaire : ils traversent deux articulations à la fois : la hanche et le genou. Concrètement, ils participent à deux mouvements simultanés pendant que tu cours, ce qui les soumet à de grandes tensions.
À quoi servent les ischios-jambiers quand tu cours ?
Décomposons ensemble ce qui se passe dans ta foulée. À chaque cycle de pas, trois phases se succèdent : la pose du pied, la propulsion et le balancement. À chaque fois, les ischios-jambiers interviennent.
Pourquoi sont-ils précieux pour la propulsion ?
Les ischios s'activent avec les fessiers pour étendre la hanche et pousser le sol vers l'arrière. Ce sont eux qui génèrent une grande partie de ta vitesse.
À quoi servent-ils dans le balancement ?
Dans le balancement (la jambe en l'air), ils jouent un rôle de frein. En fin de phase, quand la jambe part vers l'avant, ils s'allongent tout en résistant : c'est le mode excentrique, le plus sollicitant. C'est là que les blessures surviennent le plus souvent.
Comment les ischios-jambiers sont-ils sollicités en descente et en sprint ?
Dans ces cas-là, cette tension excentrique est encore plus intense. Tu l'as peut-être ressenti : après une longue sortie trail avec beaucoup de dénivelé négatif, tes ischios sont raides et douloureux le lendemain. C'est tout à fait normal car les descentes les mettent à rude épreuve.
Les ischios font aussi partie intégrante de la chaîne postérieure (avec les fessiers et les mollets). Quand ils sont forts, ta foulée est plus efficace, plus économe et plus fluide.

Pourquoi les ischios-jambiers sont-ils si souvent blessés chez les coureur(se)s ?
C'est la blessure musculaire numéro un dans les sports sans contact, et les coureur(se)s ne sont pas épargné(e)s. Trois situations concentrent l'essentiel des risques.
L'augmentation brutale de volume
Passer de 40 à 60 kilomètres par semaine sans transition progressive, c'est soumettre tes ischios à des contraintes pour lesquelles ils ne sont pas encore préparés.
L’intensité
Plus la vitesse est élevée ou la pente forte, plus la tension excentrique est importante. Une planification d’entraînement équilibrée en intensité (côtes, sprint, vitesse) permet une bonne gestion du stress mécanique appliqué aux ischios-jambiers.
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Le déséquilibre quadriceps/ischios-jambiers
Si tes quadriceps (à l'avant de la cuisse) sont bien plus forts que tes ischios, ces derniers peinent à "freiner" efficacement. Ce déséquilibre est très courant chez les coureur(se)s et peut se corriger avec un renforcement musculaire adapté.
Comment renforcer tes ischios-jambiers efficacement ?
Le mot-clé, c'est excentrique. La contraction excentrique, c'est quand ton muscle résiste tout en s'allongeant, comme freiner une descente avec le pied. C'est exactement ce que font tes ischios à chaque foulée, et c'est aussi le mode qui les protège le mieux contre les blessures.
Une méta-analyse publiée dans le British Journal of Sports Medicine en 2017 (https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27752982/), a montré que l'intégration du Nordic Hamstring Exercise dans un programme de prévention réduit le risque de blessure de 51 % chez les footballeur(se)s. Un chiffre qui parle de lui-même !
Concrètement, on te conseille de viser une à deux séances de renforcement par semaine, espacées d'au moins 2 à 3 jours. Commence sur 6 à 8 semaines pour les premiers résultats durables. Bonne nouvelle : pas besoin de salle de musculation !
⚠️ L'erreur classique : traiter ce renforcement comme un programme de musculation à part. L'idée, c'est de l'intégrer à ton planning de coureur(se) avec de la progressivité et de la régularité.
Quels exercices d'ischios-jambiers faire à la maison ?
Voici quatre exercices classés du plus accessible au plus exigeant :
| Exercice | Matériel | Niveau | Séries x Répétitions |
|---|---|---|---|
Pont-fessier | Aucun | Débutant | 3 x 12 à 15 |
Slide curl | Chaussettes sur sol lisse ou petite serviette | Intermédiaire | 3 x 8 à 10 |
Soulevé de terre une jambe | Aucun | Intermédiaire | 3 x 8 à 10 (par jambe) |
Nordic Hamstring Curl | Partenaire ou banc | Avancé | 3 x 5 à 8 |
➡️ Le pont-fessier
Allonge-toi sur le dos, pieds à plat, genoux fléchis. Monte le bassin en contractant fessiers et ischios, maintiens 2 secondes, redescends lentement. Cette descente lente, c'est déjà du travail excentrique. Pour plus de difficulté, tu peux réaliser l’exercice sur une seule jambe.

➡️ Le slide curl
Sur un sol lisse avec des chaussettes, allonge-toi sur le dos, pieds tendus. Fléchis les genoux en ramenant les talons vers toi, puis repousse lentement. Le retour (extension) sollicite l'excentrique.

➡️ Le soulevé de terre une jambe
Debout sur un pied, penche le buste vers l'avant en gardant le dos droit, l'autre jambe part vers l'arrière. Remonte lentement. Excellent pour l'équilibre et la chaîne postérieure. Tu peux utiliser une charge additionnelle.

➡️ Le Nordic Hamstring Curl
C'est l'exercice de référence, mais il est très exigeant. Commence par valider un bon niveau sur les exercices précédant avant de t’y lancer. Pour la position, place-toi à genoux et fais bloquer tes chevilles par un(e) partenaire ou sous un canapé. Laisse-toi tomber vers l'avant aussi lentement que possible en résistant avec les ischios. Remonte en t'aidant des mains. Commence par 4 à 6 répétitions à vitesse très contrôlée.

Comment intégrer ce renforcement dans ton plan running ?
Place cette séance le jour de récupération active qui suit une sortie longue, ou après un footing court (30-40 minutes facile). Évite de la mettre la veille d'une séance intense ou d'une sortie longue. En période de préparation marathon, maintiens une séance légère par semaine. Arrête le travail excentrique lourd 10 jours avant le jour J pour arriver frais(che).
Les ischios-jambiers sont des acteurs incontournables de la course à pied. À chaque foulée, ils participent à la propulsion, à la stabilité et à l'absorption des contraintes mécaniques. En raison de leur forte sollicitation, notamment lors des accélérations, des sprints ou des descentes, ils figurent parmi les muscles les plus exposés aux blessures chez les coureur(se)s.
La meilleure stratégie reste la prévention. En intégrant 1 à 2 séances de renforcement spécifiques par semaine, avec une place importante accordée au travail excentrique, tu peux améliorer leur résistance, réduire ton risque de blessure et optimiser l'efficacité de ta foulée. Quelques minutes de renforcement régulières aujourd'hui peuvent faire toute la différence pour courir plus longtemps, plus vite et avec davantage de sérénité.

Jérôme
Publié le , mis à jour le
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