As-tu déjà entendu parler de vitesse critique ? Si ce n’est pas le cas, c’est normal, mais sache que c'est le nouveau repère qui monte en course à pied. La vitesse critique, c’est tout simplement la vitesse maximale que tu peux tenir longtemps sans exploser. Elle marque une vraie frontière dans ton effort : en dessous, ton corps gère et reste stable ; au-dessus, tu te diriges inévitablement vers l’épuisement. En pratique, tu peux la tenir environ 25 à 40 minutes. Ce concept, issu du cyclisme, est aujourd’hui utilisé en running pour mieux définir les allures d’entraînement, comprendre ton profil (endurant ou explosif) et progresser plus intelligemment. Plus précise que la VMA et directement liée à ta physiologie, elle t’aide à mieux comprendre tes capacités et à bien calibrer tes entraînements. Tu peux la calculer facilement avec des tests terrain, et elle te permet ensuite d’ajuster précisément toutes tes zones d’intensité.
L'essentiel à retenir :
La vitesse critique = ta limite durable : c’est la vitesse maximale que tu peux tenir sans sans dérive physiologique.
C’est une vraie frontière physiologique : en dessous tu contrôles, au-dessus tu t’épuises.
Tu peux la tenir entre 25 et 40 minutes : un effort dur mais soutenable.
Plus fiable que la VMA : elle reflète mieux ton endurance réelle et ton niveau.
Se calcule avec deux tests terrain à bloc (3 et 12 minutes) et une formule simple : VC = (D2 - D1) / (T2 - T1)
Ultra utile à l’entraînement : elle te permet de fixer les bonnes allures et comprendre ton profil (endurant vs explosif).
Qu’est-ce que la vitesse critique ?
Pour faire simple, la vitesse critique est une vitesse que tu peux tenir assez longtemps sans exploser.
L’origine de cette notion en course à pied : la puissance critique
Un peu d’histoire pour commencer. La vitesse critique est l'adaptation directe à la course à pied du modèle de la puissance critique dans le cyclisme. Ce concept n’est pas nouveau, loin de là. Le modèle de puissance critique a été formalisé en 1965 par les chercheurs Monod et Scherrer. L’article fondateur se nomme The work capacity of a synergic muscular group.
À cette époque, ils découvrent qu'il existe une relation mathématique constante (hyperbolique) entre la puissance développée et le temps avant épuisement. Après la démocratisation des capteurs de puissance, la puissance critique devient l’outil de référence pour l’élite dans le cyclisme. C’est une puissance soutenable entre 30 et 60 minutes. C’est un meilleur prédicteur de la performance en endurance que la PMA (Puissance Maximale Aérobie)
En course à pied, on reprend le même concept. On a simplement remplacé la puissance (en Watts) par la vitesse. On utilise aussi la puissance critique avec l’essor des capteurs et données de puissance dans les montres.
Dans les deux cas, l’idée est la même : on cherche la limite maximale que tu peux soutenir sans dériver vers l’épuisement. Cette limite, c’est ta puissance/vitesse critique.
Pourquoi la vitesse critique est-elle une bascule physiologique ?
La vitesse critique (VC) correspond à une vraie bascule physiologique. Elle représente la limite supérieure de l’état stable métabolique. C’est une frontière entre un effort que tu peux soutenir et un effort qui finira par t’épuiser :
Au-dessus de VC, il y a une dérive physiologique. On entre dans le domaine sévère. La consommation d’oxygène dérive inéluctablement vers VO2 max et le lactate s’accumule de manière incontrôlée jusqu’à l’arrêt de l’exercice.
Au niveau de la VC, on est à la limite supérieure du domaine élevé. L’effort est soutenable mais difficile.
En dessous de VC, on est dans le domaine modéré ou élevé. Le corps peut stabiliser sa consommation d’oxygène (VO2) et son taux de lactate sanguin. Il y a un équilibre. L’effort peut être soutenu plus longtemps.
👉 La vitesse critique est la vitesse maximale qu’on peut maintenir longtemps sans dérive physiologique majeure. Sous la vitesse critique, tu peux gérer ton effort. Au-dessus, tu tends obligatoirement vers l’épuisement.
Combien de temps peut-on courir à la vitesse critique ?
Mathématiquement, la vitesse critique est définie comme une vitesse que l'on pourrait maintenir indéfiniment. La réalité est tout autre. En effet des facteurs interviennent : l’épuisement du glycogène, la fatigue nerveuse, la thermorégulation, et cætera.
Pour la plupart des athlètes, la vitesse critique correspond à un effort qui peut être maintenu pendant environ 25 à 40 minutes. Un peu plus pour des coureur(se)s très aguerri(e)s.
Quelles différences entre vitesse critique et seuil lactique 2 ?
Il existe deux seuils lactiques. On mesure ces seuils grâce à des tests de lactatémie. Le seuil lactique 2 correspond à une zone juste avant une dérive importante du taux de lactates. C’est un effort confortablement difficile qu’on est capable de tenir pendant 40 à 60 minutes quand on est vraiment en forme. Pour beaucoup de coureur(se)s, cela correspond à une allure située entre l’allure 10 km et l’allure semi-marathon.
Le consensus scientifique est clair : il y a une forte corrélation entre la vitesse critique et le seuil lactique 2 mais ce n’est pas exactement la même valeur. C’est la conclusion de l’étude The relationship between critical velocity, maximal lactate steady-state velocity and lactate turnpoint velocity in runners.
La vitesse critique est légèrement supérieure à la vitesse au seuil lactique 2. C’est vraiment la limite de l’état stable, la ligne rouge au-delà de laquelle tu vas vider ta batterie. Le seuil lactique 2 correspond à environ 95-96 % de la vitesse critique.
👉 La vitesse critique offre une excellente estimation terrain de ton deuxième seuil, sans passer par un test en labo. Par exemple, avec une vitesse critique de 4 minutes et 15 secondes au kilomètre, tu peux estimer que ton allure au deuxième seuil est proche de 4 minutes et 30 secondes au kilomètre (on parle en allure même dans le cadre de la vitesse critique pour simplifier). Un bon point pour te permettre de t’entraîner dans la bonne zone d’intensité.

Comment déterminer la vitesse critique ?
La vitesse critique est déterminée mathématiquement à partir de plusieurs tests terrains dans le domaine sévère, c’est-à-dire au maximum de tes capacités. Il suffit d’une piste, d’un chronomètre puis d’effectuer un calcul.
Le principe : deux tests terrains à bloc
On effectue deux à quatre tests terrains à intensité maximale sur des durées différentes, comprises entre 3 et 12 minutes.
Le protocole le plus répandu consiste à effectuer deux tests de 3 et 12 minutes. Il est possible de rajouter un troisième test, d’une durée intermédiaire, par exemple de 6 minutes, pour affiner le résultat.
C’est important de récupérer complètement entre chacun des tests. Idéalement, on les réalise sur deux jours différents.
Après avoir réalisé les tests, on obtient une distance pour chaque durée d’effort. Ensuite, on reporte les résultats sur un graphique : le temps sur l’axe horizontal (x) et la distance parcourue sur l’axe vertical (y).
Quand on relie les deux points, on obtient une ligne droite :
La pente de la droite indique ta vitesse critique (VC).
L’ordonnée à l’origine indique ta réserve anaérobie qu’on appelle D’. Cette deuxième information est très utile pour définir ton profil de coureur(se).
Comment calculer la VC à partir des tests ?
Il y a deux possibilités pour déterminer ta vitesse critique :
Rentrer tes valeurs dans un calculateur de vitesse critique. Le calculateur t’indique ta vitesse critique, ton indice d’endurance, tes allures d’entraînement et te donne des prédictions sur plusieurs distances du 5 km au marathon.
Effectuer toi-même les calculs.
👉 Exemple : tu as couru 900 mètres (D1) sur ton test de 3 minutes (T1 = 180 secondes) et 3 000 mètres (D2) sur ton test de 12 minutes (T2 = 720 secondes).
La formule à appliquer est : VC = (D2 - D1) / (T2 - T1)
On obtient une vitesse critique de 3,89 m/s = 14 km/h ou 4’17’/km
Comment déterminer sa réserve anaérobie ?
La réserve anaérobie (D’) donne des indications sur ton profil.
Un D' élevé (supérieur à 300 mètres) indique un profil "sprinteur/puncher" avec une grosse capacité anaérobie.
Un D' faible (inférieur à 150 mètres) indique un profil "diesel", très endurant mais peu de réserve de vitesse.
Tu peux calculer facilement ta réserve anaérobie (D’) à partir de la vitesse critique et du résultat d’un test.
La formule : D' = D - (VC x T)
À partir de l’exemple précédent, on obtient D’ = 900 - (3,89 x 180) = 200 mètres
Une fois que tu connais D’, tu peux aussi déterminer combien de temps tu peux tenir une allure donnée au-dessus de ta VC.
Il suffit d'appliquer T = D’ / Vitesse actuelle - VC
En reprenant l’exemple précédent, si tu veux courir à 16 km/h (4,44 m/s), tu pourras tenir à cette allure pendant 200 / (4,44 - 3,89) = 363 secondes soit 6 minutes.
Peut-on définir la vitesse critique avec un seul test ?
Oui, c'est possible de connaître sa vitesse critique à partir d'un test, mais attention, ce n'est pas fait pour tout le monde !
Une étude récente publiée dans MDPI (2025), "Defining Running Intensity Domains from Critical Speed Derived from a 3-Minute All-Out Running Test", explore l'utilisation d’un seul test de 3 minutes (3MT) pour définir la vitesse critique et les zones d'entraînement.
Le principe est de partir à fond. On considère que ta réserve anaérobie est épuisée durant les deux premières minutes. De fait, ta vitesse diminue en et stagne sur un plateau en fin de test. La vitesse critique retenue est la vitesse moyenne des 30 secondes du test de 3 minutes.
Avantage, la VC obtenue est très proche de celle obtenue avec le protocole classique à deux tests. Inconvénient, ce test est TRÈS exigeant et très difficile à réaliser pour les débutant(e)s. Si le départ n’est pas à vitesse maximale, la VC est surestimée.
Quel est l’intérêt de la vitesse critique ?
Le premier intérêt de la vitesse critique est d’avoir un repère précis et individualisé, basé sur tes performances, sans devoir passer par des tests en labo, pour bien calibrer tes séances.
Pourquoi la vitesse critique est meilleure que la VMA pour définir les bonnes allures d’entraînement ?
La VMA (vitesse maximale aérobie) est bien ancrée dans le monde de l’athlétisme. Dans beaucoup de clubs, on réalise des tests VMA en début de saison, puis on prescrit des intensités à l’entraînement en fonction du pourcentage de VMA.
Ce modèle présente des limites importantes :
La valeur de VMA dépend du test réalisé. Ta VMA est susceptible de varier selon que tu réalises un test Vameval (incrémental), un Semi-Cooper (continu) ou un Luc Léger (navette).
La VMA n’a pas de réalité physiologique. C’est un point arbitraire dans le domaine sévère de l’effort. Deux personnes possédant la même VMA peuvent avoir des profils physiologiques différents. Le fait de se baser sur la VMA conduit à des erreurs de prescription des allures d’entraînement.
La VMA est un pic. Elle ne dit rien de ton endurance. Ce n’est pas un bon prédicteur de performance.
La vitesse critique est un meilleur ancrage que la VMA car elle correspond à un seuil physiologique. Elle tient compte des différences interindividuelles. Avec la vitesse critique, on connaît la vraie limite inférieure pour stimuler le VO2 max. On a une bonne estimation du seuil lactique 2 (ou anaérobie), qui est un déterminant important de la performance en course à pied. Comme on est à une vitesse sous-maximale, la prescription des allures à l’entraînement est plus précise (voir plus bas).
Utiliser la vitesse critique pour mieux comprendre ton profil de coureur(se) : vitesse, endurance ou équilibré ?
La vitesse critique (VC) dit à quel point tu es endurant(e). Une vitesse critique élevée signifie que tu peux utiliser une fraction élevée de ton VO2 max tout en maintenant un état stable.
La réserve anaérobie (D’) dit à quel point tu es explosif(ve).
Grâce à ces deux valeurs, on détermine ton profil.
Si tu as une VC basse et une bonne réserve (D’), tu seras bon(ne) sur demi-fond (800 mètres, 1 500 mètres) mais fatigueras plus vite.
Si tu as une VC élevée et une réserve faible (D’), tu seras bon(ne) sur semi et marathon, mais moins performant(e) sur des efforts courts.
Si tu as un profil équilibré, le 5 km et le 10 km sont faits pour toi.
Cela permet de comprendre ce qui limite tes performances pour orienter tes entraînements. Si tu n’as pas assez de réserve de puissance, entraîne-toi au-dessus de VC. Si tu veux améliorer ta capacité aérobie, travaille en dessous de VC.
Quels pourcentages de VC appliquer à l’entraînement ?
La première utilité de la vitesse critique (VC) est de prescrire les bonnes allures d’entraînement, celles personnalisées en fonction de ton profil. Tu construis tes entraînements autour d’un seul repère fiable.
On peut structurer l’entraînement en zones basées sur la vitesse critique :
| Domaine d'intensité | Zone d'allure | % de vitesse critique |
|---|---|---|
Modéré | Récupération | < 65 % VC |
Modéré | Endurance fondamentale | 65-75 % VC |
Modéré | Endurance active | 75-85 % VC |
Élevé | Allure tempo (> seuil 1) | 90-96 % VC |
Élevé | Allure seuil lactique 2 | 96 - 100 % VC |
Sévère | VO2 max | 100 - 110 % VC |
Extrême | fractionnés courts, côtes courtes, sprints | > 110 % VC |
Quelles séances permettent d’améliorer sa vitesse critique ?
Pour faire progresser sa vitesse critique, l’idée de base est de passer du temps juste en dessous et juste au-dessus de cette vitesse. On peut :
réaliser des séances en dessous de la vitesse critique pour améliorer ta capacité à tenir une allure élevée et recycler le lactate. Par exemple : 3 x 10 minutes ou 2 x 15 minutes entre 90 et 95 % de VC, ou bien des intervalles un peu plus courts, 5 x 6 minutes entre 95 et 100 % de VC. Cela correspond aux séances de seuil 60 et de seuil 30 de Campus. C’est le type de séance qui “pousse” ta VC vers le haut.
réaliser des séances juste au-dessus de la vitesse critique, dans le bas du domaine sévère. Par exemple : 6 x 4 minutes entre 100 et 105 % de VC. Ce type de séance améliore ta tolérance dans le “dur”, ta capacité à tenir des efforts intenses et développe ta résistance mentale. Ce sont typiquement les séances à allure 10 km.
Enfin, n’oublie pas que le volume en endurance fondamentale développe ta base aérobie et te permet de mieux supporter ce type de séance.
Quels sont les avantages et limites de la vitesse critique ?
Voyons maintenant quels sont les avantages et inconvénients d’utiliser la vitesse critique par rapport à d’autres références ou métriques.
Quels sont les principaux avantages de la VC ?
La vitesse critique est plutôt facile à mettre en place, gratuite et reproductible régulièrement.
Elle est très efficace pour calibrer les allures et assez précise pour définir l’allure au seuil lactique 2. On parle d’une précision de 3 à 5 %, contre 2 à 3 % pour un test de lactatémie.
La vitesse critique est un meilleur indicateur de l'endurance "durable" que la VMA. L’entraînement basé sur la VC est plus précis que quand il est basé sur un pourcentage théorique du max.
La VC prédit bien les performances sur des durées intermédiaires. C’est une meilleure référence que la VMA pour tout ce qui dépasse 3 000 mètres, jusqu’à des efforts de 40 minutes, du type 10 km.
La VC évolue avec l’entraînement. C’est un bon indicateur de forme et un bon outil de suivi de sa progression.

Quelles sont les principales limites de la vitesse critique ?
La valeur de vitesse critique est sensible à la bonne réalisation des tests. L’athlète doit se donner à 100 %. Ce n’est pas facile pour des débutant(e)s de partir à la bonne vitesse et de maintenir cette vitesse sur la durée.
La valeur retenue est sensible au protocole retenu. Cela pose un problème de standardisation.
La vitesse critique est peu pertinente pour prédire les chronos sur des efforts longs. Les prédictions sont optimistes pour des efforts du type semi-marathon et encore plus sur marathon. En effet, la VC ne tient pas compte de la fatigue, du rôle du glycogène, de facteurs mécaniques, de la thermorégulation. Tous ces facteurs jouent sur la performance.
La vitesse critique utile pour quel(le)s athlètes ?
La vitesse critique est un bon outil pour les athlètes qui souhaitent courir aux bonnes intensités à l’entraînement. Bien sûr, le lactate est un outil d’optimisation encore plus fin et précis, mais il est contraignant et coûteux. C’est pourquoi il est réservé aux athlètes expert(e)s et de haut niveau.
Pour tous les autres, une bonne approche est d’utiliser la vitesse critique pour travailler les allures clés et d’utiliser d’autres indicateurs complémentaires : la fréquence cardiaque pour contrôler son endurance et analyser ses séances, le ressenti de l’effort pour ajuster en temps réel.
Si tu prépares un semi-marathon ou un marathon, ne tente pas de prédire ton futur chrono à partir de ta vitesse critique. Mieux vaut se baser sur une analyse de ton entraînement réel : volume hebdomadaire, sorties longues, allure sur des blocs longs, dérive cardiaque. Cela reflète ta résistance à la fatigue réelle.
Utilise-t-on la vitesse critique dans les programmes Campus ?
Tu n’as pas besoin de réaliser de tests de vitesse critique pour suivre les programmes d’entraînement Campus. Cependant, il y a des similitudes dans les deux approches.
En effet, Campus utilise les principes de vitesses limites et temps limites. On prend les meilleurs temps que tu as réalisés en course et à partir de là, on calcule tes allures d’entraînement.
Ensuite, l’allure seuil 30 utilisée par Campus est très proche de la vitesse critique. C’est l’une des plus petites vitesses à laquelle on est sûr d’être au-dessus de la zone seuil 2, dans le domaine sévère. On est vraiment proche du concept de vitesse critique.
La vitesse critique permet de définir des allures précises et personnalisées à l’entraînement, bien mieux que ne le fait la VMA. À partir de deux tests de performances, elle indique la limite entre deux domaines d’intensité et définit son profil d’athlète. L’approche est intéressante quand on veut comprendre l’entraînement et objectiver sa progression. Maintenant, ce n’est pas un outil indispensable. On peut très bien construire ses entraînements à partir des allures de course et des vitesses limites, sans se compliquer la vie avec des tests terrains. C’est l’approche qu’a choisie Campus.

Antoine
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