La dérive cardiaque correspond à l'augmentation progressive de la fréquence cardiaque alors que ton allure reste stable. Lors d'une sortie d'endurance, un découplage inférieur à 5 % est généralement considéré comme bien maîtrisé et traduit une bonne durabilité de l'effort. En suivant régulièrement cet indicateur et son évolution dans le temps, tu peux ajuster tes allures d'entraînement, mieux gérer tes courses et progresser plus efficacement en endurance.
L'essentiel à retenir
La dérive cardiaque correspond à une augmentation progressive de la fréquence cardiaque alors que ton allure reste stable. Elle apparaît généralement après 10 à 20 minutes d'effort continu.
Une dérive cardiaque est normale. Elle touche tous les coureurs, du/de la débutant(e) au/à la marathonien(ne) élite. Elle reflète principalement les effets de la chaleur, de la déshydratation et de la fatigue musculaire.
Pour la mesurer objectivement, utilise le découplage aérobique qui compare la relation entre ta vitesse et ta fréquence cardiaque au début et à la fin d'une sortie.
Un découplage inférieur à 5 % lors d'une sortie d'endurance d'au moins 60 minutes indique généralement une bonne maîtrise de l'effort et une endurance aérobie solide.
Si ton découplage dépasse régulièrement 8 à 10 %, cela peut révéler une allure trop élevée, un manque d'endurance spécifique, une fatigue accumulée ou des conditions environnementales défavorables.
Pour réduire ta dérive cardiaque, concentre-toi sur les fondamentaux : 70 à 80 % de ton entraînement en endurance fondamentale, une bonne hydratation, une gestion adaptée de la chaleur et une progression régulière du volume d'entraînement.
La dérive cardiaque est un excellent outil pour suivre tes progrès, ajuster ton allure marathon et repérer d'éventuels signes de fatigue lorsqu'elle est analysée sur plusieurs semaines et non sur une seule séance.
Qu'est-ce que la dérive cardiaque en course à pied ?
Tu es en footing, ton allure reste stable, tu te sens bien... mais tu remarques que ta fréquence cardiaque augmente progressivement au fil des kilomètres. Ce phénomène est appelé dérive cardiaque (ou cardiac drift en anglais).
Contrairement à une idée reçue, la dérive cardiaque n'est pas forcément le signe d'une mauvaise condition physique. C'est avant tout une réponse physiologique à un effort prolongé. Tou(te)s les coureur(se)s y sont confrontés, du/de la débutant(e) au/à la marathonien(ne) élite.
Comment définir la dérive cardiaque ?
La dérive cardiaque correspond à une augmentation progressive de la fréquence cardiaque alors que l'intensité de l'effort reste stable. Autrement dit, tu cours à la même allure, sur le même terrain, sans accélérer, mais ton cœur bat progressivement plus vite.
La dérive apparaît généralement après 10 à 20 minutes d'effort continu à intensité modérée, c’est-à-dire lors de séances réalisées sous le premier seuil lactique.
Comment reconnaître une dérive cardiaque sur sa montre ?
La manière la plus simple de reconnaître une dérive cardiaque est de regarder sur ta montre cardio si ta fréquence cardiaque augmente alors que ton effort reste le même.
Par exemple, tu es à 130 battements par minute (bpm) dans le premier kilomètre, à 138 battements au huitième kilomètre et à 142 battements au douzième kilomètre.
Si ton allure est restée identique, il s'agit probablement d'une dérive cardiaque.
On ne peut pas en être certain à 100 % car un fort vent de face, une montée progressive, une hausse de la température ou une accélération involontaire peuvent également faire monter la fréquence cardiaque sans qu'il s'agisse d'une véritable dérive. Dans ce cas, c’est juste que ton effort est plus intense.
Pourquoi ce phénomène est-il normal (et même utile) ?
La dérive cardiaque n’est pas un dysfonctionnement. C’est une réponse physiologique normale de ton organisme à un effort prolongé. Comme un mécanisme de protection contre la surchauffe.
Lorsque tu cours, environ 75 % de l'énergie produite est transformée en chaleur. Pour éviter la surchauffe, ton corps doit mobiliser différents mécanismes de refroidissement : transpiration, augmentation du débit sanguin vers la peau, régulation de la température interne, etc. Quand tu perds de l’eau, que tu accumules de la fatigue, c’est normal que ta fréquence cardiaque augmente.
Même les meilleur(e)s coureur(se)s du monde présentent une dérive cardiaque lors d'un marathon.
L'objectif n'est donc pas de l'empêcher totalement, mais plutôt que cette dérive reste raisonnable et tende à diminuer au fil de l'entraînement.
Ce que la dérive cardiaque n'est PAS
C’est important de ne pas confondre la dérive cardiaque avec une simple augmentation de la fréquence cardiaque.
Si tu accélères et que ta FC monte, ce n’est pas une dérive cardiaque. C’est la réponse normale de ton organisme à un effort plus intense.
Si tu montes une côte, même principe. La puissance nécessaire pour avancer est plus importante donc la fréquence cardiaque augmente elle-aussi.
Si ton cardio est élevé sur la ligne de départ. Là encore, ce n’est pas une dérive cardiaque. Avant une compétition, l'excitation, le stress et l'adrénaline peuvent faire grimper la fréquence cardiaque de plus de dix battements par minute.
Retiens bien cette règle : la dérive cardiaque s’observe uniquement à effort constant, donc idéalement sur un parcours bien plat ou un tapis de course. Plus les conditions sont stables, plus l'analyse de la dérive cardiaque est pertinente.

Pourquoi ta fréquence cardiaque monte alors que tu cours à la même allure ?
Pour comprendre la dérive cardiaque, il faut plonger dans les coulisses de ton organisme : gestion de la chaleur, hydratation, fatigue musculaire et adaptations liées à l'entraînement jouent tous un rôle dans la hausse progressive de la fréquence cardiaque.
Les deux facteurs majeurs : la chaleur et l’hydratation
La principale cause de la dérive cardiaque, c'est l'augmentation progressive de la température corporelle.
Quand tu cours, tes muscles produisent beaucoup de chaleur. Pour éviter la surchauffe, ton corps active ses systèmes de refroidissement : tu transpires davantage et tu envoies plus de sang vers la peau pour évacuer cette chaleur. Résultat : ton cœur doit travailler plus fort, même si ton allure reste identique.
La revue de synthèse de Coyle, E. F., & González-Alonso, J. (2001). Cardiovascular Drift During Prolonged Exercise: New Perspectives fait figure de référence pour détailler les mécanismes physiologiques de la dérive cardiaque.
Leurs travaux ont montré qu’un facteur clé de la dérive cardiaque est la baisse du volume d’éjection systolique (VES), c'est-à-dire la quantité de sang éjectée par le cœur à chaque battement.
💡 Comment ça marche ? En transpirant, tu perds de l'eau. Le volume de plasma diminue, le retour du sang vers le cœur devient moins efficace et le cœur se remplit légèrement moins entre deux battements. Conséquence : chaque battement envoie un peu moins de sang. Pour compenser et continuer à alimenter les muscles en oxygène, le cœur accélère.
La dérive cardiaque est amplifiée par l’élévation de la chaleur extérieure et la déshydratation :
une sortie d'une heure à allure modérée génère souvent peu de dérive à 15°C, mais une dérive nettement plus marquée à 28°C.
sur une même sortie, la dérive sera généralement plus faible si tu bois régulièrement que si tu es mal hydraté(e). Un apport régulier en eau, en sodium (électrolytes) et en glucides permet de retarder l'apparition de la dérive cardiaque.
Par conséquent, le cœur n'accélère pas seulement parce que l'effort dure. Il accélère aussi parce qu'il doit gérer un organisme qui chauffe progressivement et qui perd de l'eau.
Il faut voir la dérive cardiaque comme un phénomène de régulation thermique autant que cardiovasculaire. C’est la conclusion d’une synthèse de 2021, A new perspective on cardiovascular drift during prolonged exercise (A. Soussi & co).
Cela veut dire qu’une hausse de la 10 à 15 battements par minute de sa fréquence cardiaque au cours d’une sortie longue n’indique pas automatiquement un manque d’endurance : les conditions thermiques et l’hydratation jouent souvent un rôle majeur.
La fatigue neuromusculaire progressive au fil des kilomètres
Ce facteur est lié à la structure même de tes muscles. Sur les efforts de longue durée (au moins une heure), les muscles deviennent progressivement moins efficaces. Les fibres musculaires les plus efficaces (de type I) se fatiguent.
Au fil des kilomètres, la fatigue s'accumule et le coût énergétique de la foulée augmente légèrement. Pour maintenir la même vitesse, ton système nerveux doit recruter des fibres musculaires de secours (de type II), moins économiques, ce qui fait monter ton cardio.
Les descentes accentuent souvent ce phénomène, car les contractions de freinage fatiguent davantage les muscles.
La dérive cardiaque est plus précoce et plus forte en running qu’en cyclisme, en raison des micro-impacts répétés et des contractions musculaires excentriques propres à la course à pied.
Pour résumer, imagine une réaction en chaîne :
Ton corps chauffe ➡️ Tu transpires davantage ➡️ Le volume sanguin diminue ➡️ Le cœur doit compenser en battant plus vite ➡️ Les muscles fatiguent progressivement ➡️ Maintenir la même allure coûte plus cher en carburant ➡️ La fréquence cardiaque continue de monter.
Le niveau d'endurance : pourquoi les débutant(e)s dérivent plus ?
Le niveau d'endurance d’un(e) athlète n’est pas une cause directe de la dérive cardiaque. En revanche, il va influencer l’ampleur de cette dérive.
Par rapport à un débutant(e), un(e) coureur(se) expérimenté(e) possède généralement :
un volume sanguin plus important
une meilleure capacité à dissiper la chaleur (il/elle transpire plus et plus vite)
des muscles plus économes
une meilleure stabilité cardiovasculaire
À intensité relative identique, sa dérive cardiaque sera donc souvent plus faible.
C'est pourquoi il est si important de courir lentement lorsque tu débutes : reste en aisance respiratoire. Tu dois être capable de parler facilement. N'hésite pas à alterner marche et course et à boire régulièrement.En développant progressivement ton endurance, tu amélioreras ta capacité à gérer la chaleur, la fatigue et l'effort prolongé. Ainsi, ta dérive cardiaque deviendra naturellement plus modérée.
Comment mesurer sa dérive cardiaque ?
On a vu les principaux facteurs qui provoquent la dérive cardiaque. Maintenant voyons concrètement comment la déterminer à partir d’un protocole simple à mettre en place. On va aussi introduire la notion de découplage aérobique. Derrière ce nom complexe se cache un indicateur simple qui donne des indications précieuses sur la durabilité.
Le protocole "Test EF 60 minutes" : la méthode Campus
Pour réaliser ce test dans de bonnes conditions, il y a deux règles à respecter :
Courir sur un terrain plat et dans les mêmes conditions météo : des variations de température extérieure et de vent faussent les données.
Courir à allure stable en zone 2, c’est-à-dire en endurance fondamentale. Les séances avec seuil, VO2max ou intervalles ne sont pas exploitables. Pour rappel, en endurance fondamentale, tu peux mener une conversation quasiment normale. Ta fréquence cardiaque ne doit pas dépasser 75 % de FC Max. Tu es dans le domaine d’intensité modérée. Ton ressenti d’effort est situé entre 2 et 4 grand maximum.
Si possible porter une ceinture cardio thoracique ou un brassard pour avoir des données de fréquence cardiaque plus fiables qu’avec le capteur optique de ta montre.
Le protocole :
Cours au moins 60 minutes
Ignore les 10 premières minutes.
Divise la suite de la séance en deux blocs de durée identique : 2 x 25 minutes pour une séance de 60 minutes.
Pour chaque bloc, relève ta vitesse moyenne en kilomètre par heure (km/h) et ta FC moyenne.
Ensuite, une première approche consiste tout simplement à comparer ta FC moyenne sur les deux blocs.
👉 Exemple : tu as couru ton premier bloc avec une FC de 130 et ton second bloc avec une FC à 140. Alors ta dérive cardiaque est de 140 - 130 = 10 bpm
C’est déjà une première indication, certes imparfaite, de ta dérive cardiaque. Essaie de reproduire ce test régulièrement, dans les mêmes conditions. Note à chaque fois la dérive cardiaque. Une diminution de la dérive est souvent un signe que ton endurance aérobie progresse
Facteur d’efficacité et découplage aérobique
Pour aller plus loin, on va calculer le facteur d’efficacité (FE) de chaque bloc, puis les comparer.
Le facteur d’efficacité, c’est comme une photo instantanée. Il mesure ton rendement sur un bloc donné.
La formule :
FE = Vitesse moyenne / FC moyenne
Plus ce ratio est élevé, plus tu es économe.
👉 Exemple :
Tu as couru le premier bloc à 11 km/h et 130 bpm, alors FE1 = 11 / 130 = 0,084
Tu as couru le deuxième bloc à 10,8 km/h et 140 bpm, alors FE2 = 10,8 / 140 = 0,077
On en déduit que tu as été moins économe sur la deuxième partie de la sortie.
Le découplage aérobique mesure à quel point la relation entre ta vitesse et ta fréquence cardiaque se dégrade au fil d'un effort. Plus il est élevé, plus la dégradation est importante.
Pour cela, on compare FE1 et FE2 avec la formule suivante :
(FE1 - FE2 / FE1) x 100
👉 En reprenant l’exemple précédent : FE1 = 0,084 FE2 = 0,077.
Découplage = (0,084 - 0,077 / 0,077) x 100 = 9,1 %
💡 Si tu as données de puissance, tu peux aussi utiliser la puissance moyenne à la place de la vitesse moyenne pour calculer les facteurs d’efficacité et le découplage.
Quels outils et apps pour analyser sa dérive avec le découplage cardiaque (Garmin, TrainingPeaks, etc.) ?
Si tu ne veux pas te prendre la tête avec des calculs, tu peux utiliser des plateformes gratuites ou partiellement gratuites comme Intervals.icu, TrainingPeaks en y connectant ton compte Garmin/Suunto/Coros. Ces outils calculent ce pourcentage de dérive automatiquement après chaque entraînement.
Recherche la métrique nommée Pa:Hr (comme Pace ou Power : Heart Rate) ou découplage.
Comment savoir si ta dérive cardiaque est normale ?
Une fois que tu connais la valeur du découplage, il s’agit de bien l’interpréter. Voici un tableau synthétique pour t’aider à te repérer.
⚠️ Attention : le découplage n’est pas une mesure absolue. Le tableau suivant vaut pour une sortie d’au moins 60 minutes sur terrain plat, à allure, avec une température modérée et une bonne hydratation.
| Découplage (%) | Interprétation | Ce que cela signifie | Recommandations |
|---|---|---|---|
Inférieur à 5 % | Très stable | Ton système aérobie gère bien cette intensité. La dérive cardiaque est faible. | Cette intensité est validée. Si tu le souhaites, tu peux essayer d'augmenter la durée ou l'intensité de l'effort. |
5 à 10 % | Dérive marquée | Tu es proche de ta limite aérobie durable. La fatigue commence à s'installer. C'est souvent dû à un manque d'hydratation et/ou de relâchement musculaire. | Ralentis légèrement. Hydrate-toi bien. |
Supérieur à 10 % | Forte dérive | Ta base aérobique est trop juste pour maintenir cette distance ou cette allure. | Ralentis. |
Comment réduire sa dérive cardiaque pour progresser en endurance ?
La dérive cardiaque est normale mais tu peux apprendre à la retarder et à la limiter afin de progresser en endurance et améliorer tes performances. Pour cela, tu peux agir sur deux fronts :
l’efficacité cardiovasculaire
bien gérer les facteurs environnementaux.
Pourquoi augmenter ton volume en endurance fondamentale ou zone 2?
L’endurance fondamentale ou zone 2 est le socle de l’entraînement en course à pied. De nombreuses adaptations physiologiques se produisent à basse intensité. Elle doit représenter 70 à 80 % de ton volume d’entraînement.
La recette est simple : accumule des sorties en aisance avec une très faible dérive cardiaque. Au fil des mois, tu observeras que ton organisme devient plus économique et que la dérive cardiaque diminue naturellement.
Pourquoi adapter ton allure et éviter le piège de “l’allure confortable” ?
Sans le savoir, beaucoup de coureur(se)s vont trop vite en footing alors qu’ils/elles pensent courir à une allure confortable. En réalité, ils génèrent une fatigue contre-productive entre les séances de qualité.
👉 Par exemple : si tu observes que ton découplage tourne régulièrement autour de 10 à 12 % lors de tes footings en endurance fondamentale à 11 km/h (5’30/km), c’est probablement que cette allure d’endurance fondamentale est trop élevée pour ton niveau actuel.
Ralentis, essaie de passer à 10 km/h (6’00/km). Si ton découplage est inférieur à 5 % à cette vitesse/allure, alors tu as le feu vert. Tu sais que cette intensité est durable.
Faire des séances de seuil
Les séances autour du deuxième seuil lactique sont importantes pour progresser. Ces intensités “confortablement difficiles” augmentent la résilience des fibres musculaires de type I, plus économique en carburant, et aident à retarder la fatigue musculaire.
Bien s’hydrater
Une grande partie de la dérive cardiaque est due à la déshydratation qui provoque une diminution du volume plasmatique. N’attends pas d’avoir soif pour t’hydrater. Bois régulièrement dès le début de l’effort et compense les pertes en sodium en ajoutant du sel ou des pastilles d’électrolytes à ta boisson. Pour tout savoir sur l’hydratation en running, c’est par ici.
Mieux gérer la chaleur
La thermorégulation est l'un des principaux moteurs de la dérive cardiaque. Il est possible de s’habituer progressivement à courir sous la chaleur en suivant un protocole sur deux semaines.
Sinon, tu peux tout simplement limiter ta dérive cardiaque en t’entraînant aux heures les plus fraîches de la journée, en portant des vêtements clairs et respirants et en mouillant ton corps régulièrement.
Comment bien utiliser ses données de dérive cardiaque à l’entraînement ?
La dérive cardiaque n'est pas qu'un chiffre de plus sur ta montre. Utilisée intelligemment, elle peut devenir un véritable outil d'aide à la décision : suivre tes progrès aérobies, valider une allure marathon, évaluer ton acclimatation à la chaleur ou encore repérer les premiers signes d'une fatigue excessive.
Peut-on détecter un état de fatigue ou prévenir le surentraînement grâce à la dérive cardiaque ?
Une forte dérive ponctuelle n’est pas le signe que ton endurance a régressé en trois jours. Ne tire jamais de conclusion à partir d’une seule séance. En effet, beaucoup de facteurs internes et externes peuvent influer la dérive cardiaque. C’est peut-être juste une fatigue temporaire.
Si la dérive est élevée sur deux ou trois séances d’affilée, alors surveille ton sommeil, ta charge d’entraînement, ton hydratation.
Quand la dérive s’installe sur plusieurs semaines, alors il est pertinent de te poser des questions sur ton entraînement, ta récupération, ton niveau de stress. C’est l’un des signaux d’alerte d’un état de surmenage qui peut à terme mener au surentraînement. Il faut le rapprocher d’autres indicateurs comme un RPE (ressenti d'effort) en hausse pour une même séance, une sensation de jambes lourdes, ou une baisse des allures. Rassure-toi, le syndrome de surentraînement ne s’installe pas du jour au lendemain. Pour aller plus loin, retrouve notre article complet : Comment savoir si on est en surentraînement.
Suivre ses progrès aérobies avec la dérive cardiaque
C’est un usage très intéressant de la dérive cardiaque. Une baisse du découplage dans les mêmes conditions extérieures indique généralement que ton endurance s’améliore. Fais un test tous les mois dans des conditions identiques. Cette périodicité est largement suffisante. En effet, les adaptations de fond du système aérobie sont lentes.
Utiliser le découplage pour prédire sa réussite sur marathon ?
Un(e) coureur(se) dont le découplage est faible à son allure marathon maximise ses chances d’aller au bout des 42,195 km… si, bien sûr, il/elle ne fait pas d’erreur d’hydratation, nutrition et de pacing le jour J.
Le découplage permet de tester si l'allure visée le jour J est réaliste. On a l’habitude de placer la séance test à trois semaines ou un mois du marathon.
👉 Exemple : deux blocs de 30 minutes à allure marathon. Cet indicateur vient en complément d’autres indicateurs comme ton allure et ton ressenti d’effort.
Le découplage apporte une mesure objective :
Si le découplage est inférieur à 5 % entre les deux blocs, tu as le feu vert. Ton allure est parfaitement tenable le jour J, surtout après une bonne période d’affûtage.
Si le découplage dépasse les 8 à 10 %, alerte orange. C’est très probablement que l’allure visée est trop ambitieuse. Elle n’est pas durable. Les fondations ne sont pas prêtes. On te conseille de l’abaisser de 5 à 10 secondes.
Pour vérifier l’efficacité de son Heat Training
La dérive cardiaque aide à vérifier que tu t’habitues progressivement à courir sous la chaleur. Il est logique que la dérive cardiaque soit importante sur les premières séances avec des températures et/ou un taux d’humidité élevés. Au fil des séances, ton corps apprend à mieux se refroidir et produit des globules rouges. Logiquement, ta fréquence cardiaque à intensité constante diminue. Idem pour ta dérive cardiaque.

La dérive cardiaque en compétition : comment l’anticiper sur marathon ou semi-marathon ?
La dérive cardiaque ne sert pas seulement à analyser tes entraînements. Elle peut aussi devenir un véritable outil de pilotage le jour de la course. Connaître ta dérive habituelle te permet d'anticiper les difficultés avant qu'elles n'apparaissent et d'éviter de payer trop cher un départ trop ambitieux.
Partir légèrement en dessous de ses limites pour absorber la dérive
Le piège commun sur marathon est de céder à l’euphorie des premiers kilomètres. Tu te sens frais(che), porté(e) par l'ambiance, et ton allure semble facile. Ne tombe pas dans le piège de vouloir accélérer. C’est le meilleur moyen d’amplifier la dérive cardiaque. Au contraire, ne dépasse pas l’allure marathon que tu as travaillée pendant des mois, et surveille régulièrement ta fréquence cardiaque. Elle doit rester cohérente avec celle observée lors de tes séances spécifiques et de tes sorties longues à allure objectif.
Si ta FC est anormalement élevée dès le début, ralentis légèrement. Quelques secondes par kilomètre perdues au départ peuvent t'éviter plusieurs minutes perdues dans le dernier tiers de course.
L'objectif est de préserver suffisamment de marge pour absorber la dérive cardiaque qui surviendra inévitablement au fil des heures.
Du 15e au 30e kilomètre : surveiller les signaux d’alerte
Entre le 15e et le 30e kilomètre, la température corporelle augmente progressivement, les réserves énergétiques diminuent et la fatigue musculaire commence à s'installer. Une légère hausse de la fréquence cardiaque est parfaitement normale.
En revanche, si ta fréquence cardiaque augmente beaucoup plus vite que prévu alors que ton allure reste stable, ralentis légèrement, bois et alimente-toi régulièrement, profite des points d'eau pour te rafraîchir si les conditions sont chaudes.
Sur marathon, la déshydratation et l'augmentation de la température corporelle figurent parmi les principaux accélérateurs de la dérive cardiaque. Plusieurs études* ont montré qu'une bonne stratégie d'hydratation et de refroidissement permet de limiter cette dérive et de préserver les performances plus longtemps.
*Référence : Souissi et al., "A New Perspective on Cardiovascular Drift During Prolonged Exercise" (2021), revue de synthèse sur les mécanismes et les conséquences de la dérive cardiaque lors des efforts prolongés.
Les dix derniers kilomètres : accepter la dérive et gérer l'effort
À l'approche de l'arrivée, la fatigue musculaire est à son pic. Même avec une stratégie parfaitement maîtrisée, la dérive cardiaque atteint souvent son maximum.
À ce stade, il est préférable de se concentrer sur ses sensations et la gestion de l’effort que sur la fréquence cardiaque, sans oublier de s’hydrater et de s’alimenter. Essaie de conserver la foulée la plus relâchée et économique possible.
Les meilleur(e)s marathonien(ne)s ne sont pas ceux/celles qui évitent la dérive cardiaque (elle est inévitable) mais celles et ceux qui parviennent à la retarder le plus longtemps possible et à limiter son impact sur leur vitesse.
C'est tout l'intérêt d’une bonne préparation marathon : apprendre à rester efficace malgré la fatigue qui s'accumule.
La dérive cardiaque donne des indications clés sur ce qui se passe réellement dans ton organisme : gestion de la chaleur, hydratation, fatigue musculaire, niveau d'endurance, etc.
Apprendre à la comprendre et à l'interpréter te permet de mieux piloter tes entraînements, d'affiner tes allures et de suivre tes progrès aérobies avec davantage de précision. Ne cherche pas à supprimer la dérive cardiaque : elle est normale. Cherche plutôt à la maîtriser, à la retarder et à l'utiliser comme un outil pour devenir un(e) coureur(se) plus endurant(e), plus efficace et plus performant(e).

Antoine
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