Actualités running
Aurélien Dunand-Pallaz détient désormais le record du GR20 en 27 heures 29, établi le 25 septembre 2026, sur les 166 kilomètres reliant Calenzana à Conca, du nord au sud de la Corse. Le Savoyard a pulvérisé la marque de François d’Haene, qui avait bouclé le même itinéraire en 29 h 46 le 9 juillet dernier, soit 2 h 17 de moins.
Le record de François d’Haene aura donc tenu moins de 80 jours. Dunand-Pallaz n’a pas seulement amélioré le chrono : il a changé d’échelle. Comment a-t-il réussi à gagner autant de temps sur un parcours aussi exigeant ? Quel était son niveau de préparation ? Et surtout, que peux-tu apprendre de cette performance pour ton propre trail ?
De la gestion de l’effort sur les terrains les plus techniques à la préparation logistique, en passant par le rôle de l’assistance et la connaissance du parcours, on te livre les points clés derrière ce record.
L’essentiel à retenir :
27 heures 29 : Aurélien Dunand-Pallaz a établi le nouveau record du GR20 le 25 septembre 2026, améliorant de 2 heures 17 la marque de François d’Haene.
Un record construit sur ses points forts : il a creusé l'essentiel de son avance dans le Nord, très technique, où ses qualités de traileur étaient particulièrement adaptées au terrain.
La connaissance du parcours compte énormément : reconnaître ou étudier les sections clés permet d'anticiper les difficultés et d'économiser de l'énergie physique et mentale.
L'assistance fait partie de la stratégie : matériel préparé, ravitaillements optimisés, pacers et soutien des proches peuvent faire gagner un temps précieux sur un ultra.
Un objectif prioritaire pour une préparation optimale : Dunand-Pallaz avait construit sa saison autour du GR20, en utilisant notamment la Restonica 110K comme préparation grandeur nature.
Quel est le nouveau record du GR20 ?
Sur le GR20, on parle plutôt de FKT que de record. FKT comme Fastest Known Time : le meilleur temps connu sur un itinéraire. Les performances sont validées sur le site fastestknowntime.com selon trois catégories : assisté, soutenu ou en autonomie complète. Aurélien Dunand-Pallaz a réalisé le nouveau FKT dans la catégorie assisté.
En combien de temps Aurélien Dunand-Pallaz a-t-il bouclé le GR20 ?
Jeudi 24 septembre, à 5 heures, Aurélien Dunand-Pallaz s'élance de Calenzana, au Nord de l’Île de Beauté. Pour battre le record de François d'Haene, établi le 9 juillet en 29 heures 46, il doit rallier Conca, au Sud, avant vendredi à 10 h 46.
Il arrive finalement à 8 heures 29, après 27 heures 29 d'effort. Soit 2 heures 17 de mieux que François d'Haene.
Le parcours du FKT n'est pas strictement identique au tracé du GR20 classique emprunté par les randonneurs. Le découpage traditionnel compte 16 étapes pour une distance d’environ 180 kilomètres. Sur sa trace Strava, Dunand-Pallaz comptabilise 166,62 kilomètres et 12 507 mètres de D+ (dénivelé positif).
Comment le record du GR20 a-t-il évolué ?
Le meilleur temps masculin a régulièrement progressé depuis la performance de Kilian Jornet en 2009.
| Année | Athlète | FKT masculin assisté |
|---|---|---|
2005 | Pierrot Santucci | 36 heures 53 |
2000 | Jean-François Luciani | 37 heures 07 |
2009 | Kilian Jornet | 32 heures 54 |
2014 | Guillaume Peretti | 32 heures 00 |
2016 | François d’Haene | 31 heures 06 |
2021 | Lambert Santelli | 30 heures 25 |
2026 | François d'Haene | 29 heures 46 |
2026 | Aurélien Dunand-Pallaz | 27 heures 29 |
En 17 ans, le FKT est passé de 32 heures 54 à 27 heures 29. Jamais le record n'était autant descendu en une seule tentative. Dunand-Pallaz vient de le faire descendre de 2 heures 17.
Le record féminin assisté est détenu depuis 2022 par Anne-Lise Rousset, en 35 heures 50. Quelques jours avant Aurélien Dunand-Pallaz, la Franco-Américaine Hillary Gerardi a échoué dans sa tentative de record. Elle a néanmoins signé le deuxième meilleur temps féminin en 38 h 42.
👉 Pour en savoir plus sur l’historique des records.
FKT assisté, autonome : pourquoi les records ne sont-ils pas directement comparables ?
Un FKT assisté permet au coureur de bénéficier d'une équipe sur le parcours. C’était le cas sur cette tentative de record. Cette équipe gère à sa place une partie du matériel, de l'hydratation et de la nutrition. Elle s’occupe également de tamponner le carnet à chaque étape du parcours, condition nécessaire pour valider le FKT.
En catégorie soutenue, l’athlète n’a pas d’assistance mais peut utiliser les ressources accessibles à tous (commerces, hébergements).
En autonomie complète, il ou elle doit transporter lui-même ses ressources et ne bénéficie pas de ce type d'assistance. Il peut juste prendre de l’eau aux sources naturelles. Le Français Sébastien Raichon a réalisé le meilleur temps en autonomie complète en 2025, avec 41 heures 53 sur un parcours d'environ 180 kilomètres et 13 000 mètres de D+.
Par conséquent, les chronos ne sont donc pas directement comparables. Pour apprécier un FKT, il faut regarder le tracé, le sens de la traversée et les conditions d'assistance.
Comment Aurélien Dunand-Pallaz a-t-il construit son record sur le GR20 ?
Aurélien Dunand-Pallaz connaissait les temps de passage du précédent record établi par François d’Haene sur le bout des doigts. Mais il n’a pas cherché à calquer sa course sur celle du quadruple vainqueur de l’UTMB. Il a couru à son propre rythme et a construit son avance dès les premières heures dans les parties les plus techniques du parcours.
Il a pris immédiatement de l'avance sur François d'Haene
Dès le 30ème kilomètre, Aurélien Dunand-Pallaz compte 36 minutes d'avance sur le précédent record. Après cinq heures et demie de course, le ton est donné.
| Kilomètre | Point de passage | Avance sur le précédent record |
|---|---|---|
Kilomètre 30 | Refuge de Tighjettu | 36 minutes |
Kilomètre 40 | Verghio | 50 minutes |
Kilomètre 72,8 | Refuge Onda | 1 heure 26 |
Kilomètre 83 | Vizzavona | 1 heure 40 |
Kilomètre 96,5 | Capanelle | 1 heure 48 |
Kilomètre 100 | Verde | 1 heure 58 |
Kilomètres 149 | Col de Bavella | 2 heures 14 |
Kilomètre 166 | Conca (arrivée) | 2 heures 17 |
Le constat est clair : l'essentiel du gain est déjà réalisé à Vizzavona à mi-parcours. Dunand-Pallaz a alors 1 heure 40 d'avance sur François d’Haene. Il gagnera ensuite 37 minutes supplémentaires sur les 83 derniers kilomètres.
Son avance atteint même 2 heures 20 puis la fatigue se fait sentir. Les descentes très raides deviennent plus difficiles. Il concède quelques minutes pendant la nuit juste avant le col de Bavella sur des erreurs de traces. Poussé par ses pacers, il trouve encore la force de terminer à bloc dans les derniers kilomètres, plus roulants, pour passer sous les 27 heures 30. Un chrono au-delà de ses rêves les plus fous. Il s’était fixé secrètement à 28 heures 30 et rêvait de passer sous les 28 heures.
Pourquoi la partie nord a-t-elle été décisive ?
C'est sur cette première moitié du GR20 que Dunand-Pallaz a fait la différence.
Le nord est le secteur le plus technique et cassant. Pierriers, forts pourcentages, passages rocheux et portions vertigineuses s'enchaînent. La progression se fait souvent davantage en marche rapide avec les bâtons qu'en course. Ce terrain correspond parfaitement aux qualités de Dunand-Pallaz. Il est particulièrement à l'aise dans les forts pourcentages et les secteurs techniques.
Ses nombreuses reconnaissances du GR20 lui ont également permis de connaître précisément la trace et les passages clés et de progresser efficacement. Ses pacers ont parfois eu du mal à suivre son rythme effréné dans cette partie nord.
Pour la petite histoire, Aurélien Dunand-Pallaz a réalisé le KOM (record sur un segment) sur Strava dans le Cirque de la Solitude, l’un des secteurs les plus techniques du GR20.
Pourquoi son équipe a-t-elle été essentielle ?
Neuf pacers se sont relayés auprès de Dunand-Pallaz, avec deux accompagnateurs maximum à ses côtés, et jusqu'à trois dans le secteur du Cirque de la Solitude.
Arthur Joyeux-Bouillon et Théo Détienne faisaient partie du groupe de pacers. Leur rôle ne se limitait pas à courir à ses côtés pour lui tenir compagnie. Ils ont transporté son hydratation et sa nutrition, ainsi qu’une partie du matériel. Ainsi, Dunand-Pallaz a couru sans sac, avec uniquement le strict nécessaire.
L’organisation a été très efficace aux ravitaillements. Ses arrêts n’ont duré que 3 à 4 minutes en moyenne. Le Savoyard a également pu compter sur le soutien de ses proches. Ses parents étaient présents. Sa femme lui a fait la surprise de l’assister pendant la nuit.
Sur une épreuve aussi longue, chaque détail compte. Pendant que son équipe s'occupait de la logistique, Dunand-Pallaz a pu consacrer toute son énergie à avancer.
Aurélien Dunand-Pallaz : les ingrédients d'une performance hors norme
À 33 ans, le Savoyard, né à Albertville, avait le profil parfait pour réussir une grande performance sur le GR20. Ce record est l’aboutissement d’un projet préparé méticuleusement.
Un spécialiste des ultras très techniques
Premier élément, Aurélien Dunand-Pallaz fait partie des tous meilleurs ultra-traileurs au monde sur des terrains exigeants. Il possède un Index UTMB de 925 sur les formats 100 Miles. Son palmarès parle pour lui :
| Année | Course | Résultat |
|---|---|---|
2021 | Transgrancanaria | Vainqueur |
2021 | UTMB | 2e |
2023 | Hardrock 100 | Vainqueur |
2023 | Diagonale des Fous | Vainqueur |
2025 | Diagonale des Fous | 3e |
2026 | Restonica Trail | Vainqueur |
Le Français aime le long, les parcours techniques et raides. Bref les terrains qui ressemblent à ceux du GR20.
Un projet mûri pendant plusieurs années
Le record est l’aboutissement de plusieurs années de préparation. Aurélien Dunand-Pallaz avait ce projet de record du GR20 depuis 2020. Il a multiplié les reconnaissances du parcours ces dernières années. Une première tentative était prévue en 2025, mais une blessure l'oblige à repousser ses plans.
En 2026, le GR20 devient son objectif principal de la saison. Sa préparation est pensée autour de cette tentative : entraînement, reconnaissance du parcours, organisation logistique et constitution de son équipe de pacers.
Le 9 juillet, il remporte la Restonica Trail 110K, avec 110 kilomètres et environ 7 200 mètres de D+ dans un excellent chrono (avec le meilleur Index UTMB de sa carrière). C’est une répétition parfaite à deux mois de son grand rendez-vous.
Il connaissait le GR20 presque par cœur
Dunand-Pallaz est un amoureux de la Corse. C’était son vingtième séjour sur l’Île de Beauté. Au fil de ses reconnaissances, il a appris à connaître les difficultés, les passages techniques et les endroits où il peut réellement faire la différence.
Sur un parcours aussi complexe, avec un balisage loin d’être évident, cette connaissance permet de gagner énormément de temps tout en optimisant la gestion de son effort.
Des conditions presque parfaites
La météo a également joué en sa faveur. Les conditions étaient idéales, ni trop chaudes le jour, ni trop froides la nuit. Dunand-Pallaz a ainsi pu conserver la même tenue pendant toute la traversée, sans veste et sans changer de chaussures. Sur un effort de plus de 27 heures, chaque détail compte.
Le record est donc le résultat de plusieurs éléments réunis au même moment :
Un coureur de très haut-niveau, parfaitement adapté au terrain,
Un projet préparé depuis plusieurs années,
Une saison entièrement planifiée sur cet objectif,
Une connaissance exceptionnelle du parcours,
Une organisation minutieuse,
Des conditions favorables.
Ce que le record du GR20 peut t'apprendre pour ton propre trail
Bien sûr, Aurélien Dunand-Pallaz est un athlète hors-norme. Son record montre aussi l'importance de la stratégie de course, de la préparation, de la logistique, de la planification et de la gestion mentale. Voici les enseignements à retenir lors de tes prochains objectifs.
1-Joue sur tes points forts sans te griller
Dunand-Pallaz a construit une grande partie de son avance dans la partie Nord du GR20, précisément là où il était le plus à l'aise. Il a exploité ses points forts pour prendre du temps.
À retenir pour ton trail : adapte ton effort au profil du parcours et à tes qualités. Sois offensif sur les terrains où tu es naturellement performant, mais accepte de perdre quelques minutes dans les secteurs qui te conviennent moins. Par exemple, si tu as ciblé un point faible en descente, n’essaie pas de forcer ta nature le jour J. L'objectif n'est pas d'aller vite partout, mais de dépenser ton énergie là où elle est la plus rentable.
2-Anticipe les difficultés avant de les affronter
Plus tu connais les difficultés qui t'attendent, moins tu vas dépenser d'énergie à les découvrir et à prendre des décisions le jour J. Aurélien Dunand-Pallaz connaissait le moindre caillou du GR20 (ok, on exagère un peu) après ses multiples reconnaissances.
Prends le temps de bien analyser le parcours de ton futur trail : étudie la trace GPS, repère les passages techniques, identifie les secteurs où il faudra marcher, relancer ou être vigilant. Si ton ultra comporte une longue portion de nuit, entraîne-toi à évoluer de nuit, avec la frontale.
💡 À retenir pour ton trail : la reco permet aussi d'économiser de l'énergie mentale en réduisant les surprises et les décisions à prendre pendant la course. Or, le mental occupe une place prédominante sur les longues distances.
3-Fais de ton assistance une arme stratégique
Tu ne pourras pas compter sur une équipe de pacers pour porter ton ravitaillement lors de ta prochaine course. C’est tout simplement interdit dans les règlements des trails. En revanche, tu peux préparer méticuleusement tes ravitaillements, briefer ton ou tes accompagnants, anticiper les changements de matériel. L’objectif est de limiter les temps arrêts inutiles.
💡 À retenir pour ton trail : l'assistance te permet de repartir plus rapidement et de préserver ton énergie mentale. La routine est simple : remplir les flasques, manger, récupérer le matériel et le ravitaillement nécessaire pour la prochaine portion… et repartir. Tes proches peuvent également jouer un rôle précieux pour t’aider à te remobiliser dans les moments difficiles.
4-Choisis ton objectif… et construis ta saison autour
Aurélien Dunand-Pallaz avait fait du GR20 son objectif majeur de la saison. Son pic de forme était programmé pour le mois de septembre. Il était déjà très en cannes deux mois plus tôt au Restonica Trail. Il a su se reposer pour arriver frais, physiquement et mentalement, le jour J.
💡 À retenir pour ton trail : plutôt que de multiplier les courses objectif, planifie intelligemment ta saison de trail. Définis une course « A » et utilise les épreuves « B » ou « C » comme des courses de préparation pour tester ton matériel, ta nutrition et ta stratégie, sur des formats généralement plus courts.
5-Reste fidèle à ton propre rythme
Aurélien Dunand-Pallaz n’a pas calqué sa course en fonction des temps de passage de François d'Haene. Il a géré son effort en fonction de ses propres qualités et de ses sensations.
💡 À retenir pour ton trail : Ne te laisse pas embarquer par le rythme d'autres coureurs dans les premières heures ou par des objectifs chronométriques trop rigides. C’est bien de te fixer des temps de passage, à condition de te laisser de la marge. Sur un ultra, mieux vaut construire sa propre course, sans s’emballer. Tu peux utiliser des repères comme ton ressenti d’effort (RPE), la fréquence cardiaque ou la puissance.

Aurélien Dunand-Pallaz a frappé un grand coup en améliorant le record du GR20 de 2 heures 17 pour le faire passer sous les 27 heures 30. Ce chrono peut-il encore descendre ? Possible, mais pas avant un bon moment !
Pour atteindre ce niveau de performance, il faut réunir plusieurs conditions : un ultra-traileur de top niveau mondial, une préparation spécifiquement consacrée au GR20, une connaissance extrêmement fine de ses 166 kilomètres de sentiers et une logistique millimétrée. Deux anciens détenteurs du record ont donné leur avis. Lambert Santelli et Guillaume Peretti estiment que le record pourrait tomber un jour, mais assurément pas dans de telles proportions. La prochaine fois, cela se jouera peut-être à la minute ou à la seconde.
Enfin, François d'Haene, dépossédé de son record deux mois seulement après l'avoir établi, résume bien ce qui fait avancer l'ultra :
« Comme quoi, on peut toujours repousser les limites. »
François D'Haene, ultra-traileur
27 heures 29 est un chrono très impressionnant… mais certainement pas une frontière définitive.

Antoine
Publié le , mis à jour le
partager








